C’est toujours un peu cruel d’évaluer un livre dans lequel tout est juste, mais rien ne nous touche vraiment.
"Mufle", c’est l’histoire d’un homme blessé, largué, déboussolé, qui croit encore qu’on peut vivre l’amour avec les mots d’hier. Il découvre un SMS, une trahison, et c’est tout un monde qui s’effondre. À plus de cinquante ans, après deux divorces, il replonge tête la première dans les eaux troubles du chagrin amoureux. Entre jalousie, regrets, colère et nuit blanche, il ressasse. Beaucoup. Trop.
Le style ? Efficace, sec, parfois brillant. Éric Neuhoff sait écrire, c’est indéniable. Ses phrases claquent comme des gifles qu’on se donne à soi-même. Il y a une certaine élégance dans cette autopsie d’une rupture, un regard désabusé sur l’amour moderne, un ton d’un écrivain qui préfére le spleen au pathos.
Mais voilà : malgré cette justesse et cette autodérision qui frôle parfois la lucidité, je suis restée à la porte. Pas parce que le livre est mauvais — il ne l’est pas. Mais parce qu’il ne m’a rien fait ressentir, si ce n’est une lassitude vague. Comme si la complainte masculine avait déjà été trop souvent chantée, et en mieux. Le personnage principal (qui est clairement l’auteur lui-même, version à peine romancée) ne suscite ni empathie, ni rejet, juste un ennui poli. On devine les blessures, mais elles n’ouvrent rien en nous.
C'est donc un roman bien écrit, mais qui m’a laissée froide. Pas mon style, tout simplement. Je préfère garder Neuhoff en chroniqueur : là, son mordant me ravit. En romancier, il me laisse un peu sur ma faim… ou plutôt, sur ma fin.