"Le 5 avril 1994, à Seattle, Kurt Cobain met brutalement fin à ses jours, signant du même coup l’épilogue sanglant d’une fulgurante aventure : celle de Nirvana, le dernier grand groupe de rock du XXe siècle. Des années plus tard, la poignée d’albums de Nirvana pèse encore de tout son poids dans l’histoire du rock."
Cela fera trente ans en 2024.
Cette date marque non seulement la fin de Nirvana, mais aussi l'arrêt de mort du grunge, une étiquette, ou pire, un sparadrap aussi difficile à enlever que celui du Capitaine Haddock pour certains groupes passés soudainement de l'ombre à la lumière en si peu de temps et qui souhaitaient s'en débarrasser.
Stan Cuesta revient sur le succès - et la douleur du succès -, le parcours musical de chacun de ses membres, l'influence de Kurt Cobain, et la carrière d'autres groupes underground souvent tombés dans l'oubli. Pearl Jam et Soundgarden avaient aussi tirés leur épingle du jeu, mais qui se souvient de Bikini Kill, de Mudhoney ou de Tad pour ne citer qu'eux ? Le grunge ne s'est pas construit qu'autour de Nirvana, mais dès que les gens parlent grunge, les gens citent Nirvana sans hésiter, car c'est le seul groupe qui leur vient à l'esprit ! Près de trente ans après, les jeunes et les moins jeunes n'ont jamais oublié Nirvana et continuent d'acheter leurs disques, même après avoir entendu Something in the Way dans The Batman.
Kurt Cobain était à la fois le leader, l'auteur, l'interprète et le compositeur, la tête pensante du groupe devenue une légende malgré lui. Sans lui, le groupe n'était rien. Des éléments de sa vie m'ont sauté à la figure et je me suis pris son désespoir en pleine gueule. J'ai été très étonné d'apprendre qu'avant le succès de Nevermind, il avait été expulsé de son appartement et vivait dans sa vieille voiture. De plus, il avait décidé que si un musicien devait faire partie du groupe, il se devait d'être bon, mais surtout, que le musicien ait des parents divorcés, car le divorce de ses parents a considérablement marqué le jeune Kurt, qui ne s'en était jamais remis. Kurt rencontre au collège Krist Novoselic, et ils fondent un groupe, Fecal Matter, et après d'autres noms, comme Pen Cap Chew, deviendra, beaucoup plus tard, Nirvana. Stan Cuesta décrit Novoselic comme un géant de plus de deux mètres qui aimait faire la fête ; à l'époque, il se faisait appeler Chris, par souci d'intégration - il le changera pour Krist en 1993. Le problème, c'est qu'il leur fallait un batteur. Beaucoup se sont succédés - Chad Channing a même enregistré le premier album, Bleach - jusqu'à l'arrivée de Dave Grohl en 1991. Dave Grohl a apporté une certaine solidité au poste pour l'enregistrement de Nevermind. Produit par Butch Vig, Nevermind est devenu le plus gros succès de l'année 1991 et a dépassé toutes les espérances (et Michael Jackson dans les charts). Comment expliquer un tel engouement pour Nevermind ? Le clip de Smells like teen spirit ? La musique trop bien léchée ? La pochette de l'album ? MTV ? C'est la question que je me pose sans arrêt et à laquelle je n'arrive pas à trouver de réponse. Et le succès peut tuer.
Après le suicide de Kurt, tout s'est arrêté. Il fallait se reconstruire. Dave Grohl n'a pas eu trop de mal à se remettre en selle et avait lancé Foo Fighter avec la réussite que l'on connaît. Pour Krist Novoselic, ce fut beaucoup plus délicat comme il le précisait dans cette interview sur Youtube relayée par MetalZone : https://www.metalzone.fr/news/178441-krist-novoselic-kurt-cobain-nettoye-toilettes-payer-demo-nirvana-souffrance-succes/
Stan Cuesta a écrit une biographie minutieuse qui est sans aucun doute LA biographie de référence sur Nirvana. Je préférais me documenter en lisant ce livre plutôt que d'aller sur Internet (faut pas croire tout ce qu'on lit sur Wikipédia). Il me reste à espérer que le Monde commémorera le 5 avril 2024 en écoutant et réécoutant les albums de Nirvana en boucle, en se disant qu'il n'y aura plus jamais d'autres grands groupes de rock que Nirvana au Monde car le 5 avril 1994, la jeunesse a eu l'impression de perdre son grand frère. Et qu'il n'y en aura pas d'autre. Comme le chantait John Lennon, une des idoles de Kurt Cobain, dans la chanson God, Dream is over.