Quand notre cœur joue au mariole

Avis sur Notre coeur

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Notre Cœur est le sixième et dernier des romans de Maupassant. Il est proche du fameux Bel-Ami en ça qu'il décrit avec la même acuité la vie mondaine des salons parisiens et leurs petits marivaudages.

Mais l'auteur opère une inversion : André Mariolle est l'anti-Georges Duroy.
Si, en effet, ce dernier était un jeune parvenu attiré par les lumières parisiennes, séducteur et prédateur de femmes, le premier est au contraire mou, passif et la proie d'une passion dévorante, d'une obsession maladive pour Mme de Burne, femme du monde qui porte à merveille son nom. Intelligente, indépendante et surtout allumeuse frigide séduisant les hommes pour le plaisir de se sentir idolâtrée. Si le héros parvient à entamer une relation avec elle, il ne parviendra cependant jamais à la posséder complètement et s'amorce pour lui une véritable torture psychologique.

Toujours à l'opposé de Bel-Ami qui offrait de nombreux événements sur un rythme soutenu de coucheries et décrivait le milieu trépidant de la presse parisienne, Notre Cœur ne comporte que très peu d'action, ne s'étale que sur quelques mois et laisse place à de nombreuses pages, parfois quelques longueurs, sur les sentiments et ruminages des personnages avec une justesse désarmante. L'on plonge ainsi dans l'esprit de plus en malade du pauvre Mariolle.
Maupassant, abreuvé par sa propre expérience, les femmes publiques qu'il fréquentait et une certaine misogynie sous les discours de l'écrivain Lamarthe, dépeint l'impossibilité pour deux êtres de totalement s'unir, de s'accorder et de donner la même quantité d'amour ou de tendresse. Sous le vernis des manières de l'époque, ces abysses demeurent d'une vivace modernité.

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