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Tout ou rien...
C'est ce genre de film, comme "La dernière tentation du Christ" de Scorsese", qui vous fait sentir comme un rat de laboratoire. C'est fait pour vous faire réagir, et oui, vous réagissez au quart de...
le 6 sept. 2013
C'est une anthologie, une collection de femmes écrivains qui ont évoqué les difficultés liées à leur sexe. C'est un ouvrage destiné aux scolaires, avec à chaque fois une petite biographie, des notes de bas de page et des questions de compréhension/interprétation du texte.
Inutile de dire que la démarche de rendre visibles ces femmes écrivains est plus que salutaire. (Au passage, la réforme Blanquer au lycée, assez rétrograde, ne donne pas une grande place à ces voix). Et je n'en dis pas plus, car je suis, au fonds, mal placé pour dire ce qu'il faut retenir de ce recueil.
L'apparat critique étant solide et efficace, on ne peut commenter que le choix des auteures. L'éventail chronologique est large, allant de Sappho à Christine Angot. Les genres littéraires abordés sont multiples, du théâtre à la poésie en passant par le roman et l'essai. Il y a aussi des encarts vers des oeuvres d'art abordant le thème du féminisme. Le plan est thématique plutôt que chronologique, et si j'ai un reproche à faire, il se situe dans le vague des titres des sections thématiques (L'autre de l'homme ; à l'épreuve d'une vie ; face aux passions ; l'énergie du désir ; écrire parmi l'Humanité). On ne saisit pas vraiment de progression dans le propos. Au reste, le propos porte davantage sur les femmes et la littérature que sur l'histoire de la condition féminine : si on trouve bien sûr Duras, ne vous attendez pas à lire des textes militants genre manifeste du MLF. Idem, il n'y a pas grand chose à tirer sur les questions de genre. On sélectionne des femmes qui ont écrit, on étudie leurs textes.
Certains textes, parfois éloignés chronologiquement, se répondent et résonnent de manière assez troublante.
Il ne me reste qu'à faire un rapide rappel des différentes auteures :
I - L'autre moitié de l'homme.
Germaine de Staël, De la littérature (1800) : déplore l'abaissement moral des femmes, qui les empêche de participer aux Lumières.
Marie d'Agoult, Essai sur la liberté (1847) : dénonce l'asservissement de la femme à "un régime mental inférieur".
George Sand, Histoire de ma vie (1855) : sur le choix de son pseudonyme masculin.
Virginia Woolf, Les fruits étranges et brillants de l'art (1942) : sur l'adversaire principal de la femme écrivain, l'Ange du foyer. Très beau texte sur l'autocensure féminine.
Simone de Beauvoir, Le deuxième sexe (1949) : sur l'indifférenciation sexuelle des enfants, au départ.
Hélène Cixous, La venue à l'écriture (1977) : Sur le présupposé qui fait qu'une femme ne peut écrire.
II - A l'épreuve d'une vie.
Marguerite de Navarre, l'Heptaméron (1559) : Nouvelle sur le désir inconséquent des hommes. Histoire d'un homme qui couche avec une autre à côté de son épouse mourante, qui, de fureur, guérit miraculeusement.
Madame de Sévigné, Lettre à Mme de Grignan (1671). Comme toujours chez Sévigné, des protestations d'amitié tendre, mais à l'égard de sa fille.
Marguerite Duras, La vie matérielle (1987). Sur l'éducation de sa mère, femme atypique, non enfermée dans les stéréotypes genrés.
Nathalie Sarraute, Enfance (1983). Sur la distance avec sa mère, qu'elle connait peu mais qui lui envoie des cartes postales, et la douleur qu'elle en ressent.
Benoîte Groult, Ainsi soit-elle (1975). Sur le tabou autour du sang menstruel, et le soulagement en lisant un livre d'Annie Leclerc.
Christine Angot, L'inceste (1999). Sur la joie tardive de se découvrir un père, et le trouble affreux lorsqu'un soir, lors de vacances, il l'embrasse sur la bouche.
Annie Ernaux, *Mémoire de fill*e (2016). Sur la fille provinciale qu'elle était.
III - Face aux passions.
Madame de Scudéry, Artamène ou le grand Cyrus (1649-1653). Sur ce qu'attend une précieuse d'un homme. Conception assez libre et exigeante, au fonds.
Mme de La Fayette, La princesse de Clèves (1678). La toute fin du roman, le moment où la princesse, qui a perdu un mari qu'elle n'aimait pas, dit à M. de Nemours que malgré sa passion dévorante, elle est consciente qu'il est inconséquent et renonce à l'aimer.
Emilie du Chatelet, Discours sur le bonheur (1779). Sur les bienfaits d'une éducation libre, sans entraves aux désirs autres que la liberté de l'autre.
Louise Colet, Ce qu'on rêve en aimant (1854). Une femme se tournant vers les fantômes de ses amants.
Marina Tsvetaïeva, Tentative de jalousie (1924). Poème très passionné. Une poétesse, entichée d'un jeune intellectuel, se l'est fait voler. Poésie violente sur le caractère commun de sa rivale, et sur le dédain injuste pour un amour absolu.
Ingeborg Bachmann, Ondine s'en va (1961) : Sur la bêtise des hommes, qui exigent d'être compris sans eux-mêmes chercher à comprendre.
IV - L'énergie du désir.
Sapphô, Aphrodite (VIIe s. av. J.-C.). Ce qu'on ne dit pas, et c'est dommage, c'est que Sapphô n'est pas seulement la première femme dont on est gardé une trace écrite : c'est aussi le premier auteur affirmant une sensibilité suggestive, un "je" exprimant des sentiments.
Louise labé, Sonnets (1555). le sonnet le plus connu ("Je vis, je meurs...")
Thérèse d'Avila, Le livre de la vie (1588). Je l'ai lu en biais, mais en gros l'idée est que l'on trouve en Dieu ce qu'un homme ne peut offrir.
Emily Dickinson, Une âme en incandescence (1890). Poésie très minimaliste et puissance sur ce que ressent une femme pendant l'amour.
Colette, Le blé en herbe (1923). Deux adolescents vont pêcher des crevettes, mais découvre la sensualité en s'effleurant.
Marie-Claire Bancquart, Avec la mort, quartier d'orange entre les dents (2005). Poésie obscure sur les joies du foyer (je crois ?).
V - Ecrire parmi l'Humanité.
Christine de Pizan, Le livre de la cité des dames (1405). Livre étonnant, dans lequel Christine dialogue avec la déesse Raison, et décide de fonder une cité pour les femmes. Très en avance sur son temps, derrière la forme allégorique.
Olympe de Gouges, Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne (1791). La fameuse déclaration qui voulait être le pendant de celle de 1789. Rappelons au passage que les Lumières n'ont pas été un moment de progrès pour les femmes, au contraire. Voir Rousseau.
Marceline Desbordes-Valmore, A monsieur A. L. (1834). Poème hugolien sur la répression des canuts lyonnais. Ambiance samedi de gilets jaunes sur les Champs.
Marguerite Yourcenar, Mémoires d'Hadrien (1951). Le lien d'Hadrien avec sa soeur Plotine.
Charlotte Delbo, Aucun de nous ne reviendra (1965). Sur ce qu'Auschwitz fait au corps des femmes.
Assia Djebar, Nulle part dans la maison de mon père (2007). Sur le fait que lorsqu'elle déambule dans les rues du quartier européen à Alger, sans le voile, elle se fait passer pour une Française, pour ne pas se faire insulter.
Bonus.
Mona Ozouf, Les mots des femmes (1995). Sur le regard masculin sur les portraits de femmes.
Colette, La maison de Claudine (1922). Colette découvre Zola en cachette. Elle se sent mal en lisant une scène d'accouchement.
Annie Ernaux, L'événement (2001). Sur le choix douloureux de l'avortement.
Nancy Huston, Bad girl. Classes de littérature (2014). Sur le fait d'avoir un bébé non souhaité.
Georges Sand, deux textes sur les difficultés à être prise au sérieux comme écrivain quand on est une femme.
Nathacha Appanah, entretien. Sur le fait de ne pas être prise au sérieux par les hommes en tant qu'écrivaine.
Créée
le 6 mai 2019
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