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3275 critiques
Le (très) violent et (très) inattendu dynamitage de la mythique stase, campagnarde russe ou autre.
le 1 févr. 2017
Lecture expérience. L'auteur déploie durant les quasi 500 premières pages de son roman, une ôde à l'âme russe, proche de la terre, des moujiks, du labeur agricole, des saisons, au travers de son personnage principale, Roman, jeune avocat qui laisse tomber la capitale pour se consacrer à la peinture dans son village natale de la roide-combe, a la fin de l'époque tsariste. Romantique et sensible, Roman s'emerveille à chaque instant. Le paysage grandiose d'une campagne russe, sous la pluie de printemps, son oncles, père adoptif, qui le comble d'un amour paternel, sa tante lui vouant un amour maternelle, les repas généreux, d'esturgeons, de caviar, arrosé de liqueur, de vodka, de fruits macérés... Roman aura l'occasion a mainte reprise de revivre la mère russie, lors d'une partie de chasse, lors de bain de vapeur russe finissant dans la rivière, lors d'un coup de main au moujik pendant les fauches, lors d'interminables repas. Il retrouvera les habitants de son village, un amour de jeunesse auquel il mettra fin... Tout semble merveilleux, idyllique, mais des le début pourtant des craquelures sur cette surface vernis, comme cette peinture écaillée sur la rampe, ou ce mobilier vieillissant et le plancher vermoulu de la maison bourgeoise de l'oncle.
Au fil du livre a mesure que les chapitre s'allongent, le rythme s'accélère, la passion dépasse l'émerveillement, ce trop plein de bon repas, de bon amis, de beau paysage, de belle partie de campagnes dégouline, dégouline dégouline. Par les craquelures, à la surface de cette tarte à la crème se faufilent d'autre voie, celle du médecin par exemple, amer, pas vraiment plus lucide, mais ne partageant pas l'enthousiasme générale. Il y aura aussi ce loup dévorant le chevreuil, faisant craquant les os de la bête avec sa machoir de prédateur. Vision insupportable pour roman qui versera le premier sang.
Mais le charme opère toujours, et la passion russe étreint Roman, amoureux d'une fille du pays, elle devient dévorante. Tout s'accélère, Une maison brule, roman faillit y laisser sa peau, mais Roman vit pour tatiana son amour.
Sur plus de 100 pages l'auteur nous raconte l'incroyable festin de noces, l'âme russe réunis, tous le village réunis autour des amants qui n'ont plus le temps. Overdose.
Quand les amants se retirent, au moment où ils auraient du jouir de leur chair, la découverte dans les cadeaux d'une hache change subitement la suite des événements et une tout autre transe saisie les mariés. Au son d'une cloche d'apocalypse, ils entament un rituel infernale que Roman achèvera seul, après avoir massacré tous ceux qu'il a tant aimé.
Une expérience littéraire ou la contemplation laisse place au saccage, les folklores et habitudes au chaos et l'enfer, où l'âme russe elle même se retrouve pillée au travers des corps dépecés, découpés, éparpillés, dont il ne restera qu'une bouillie humaine. Roman entame une ultime danse, offrant une chorégraphie de tous ses trous, membres et mouvement et finira par s'éteindre. Cette dernière partie se dévoile à l'aide d'une écriture répétitive où les yeux du lecteur pris dans une frénésie similaire au personnage, sautent de page en page, de phrase en phrase, de paragraphe en paragraphe à la recherche de la narration, du rite.
Lecture étrange et expérimentale donc.
Créée
le 3 déc. 2017
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