Fresque historique pimp

Avis sur Salammbô

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Ce roman de Flaubert m'a fait penser, d'emblée, aux séries historiques actuelles.
Il en a globalement tous les vices. Une bonne grosse dose de fantasmé, une sacrée couche de descriptions louches sur les tortures et les traitements des esclaves/traîtres/prisonniers/ennemis, une certaine fascination pour les rites religieux et des madames toutes nues pour faire passer le tout.

Quelque chose qui m'a marqué d'emblée, par exemple, c'est la narration "à la latine" qui ressemble au français qu'on obtient en traduit le latin ou le grec ancien, avec ce petit quelque chose de chantant et de maladroit à la fois. L'auteur s'en sort étrangement bien pour "faire vrai" et pour "faire vivre". Il s'en sort également pour donner à toutes ses scènes, y compris les plus épiques ou brutale comme une couche de poussière, une patine du temps. Le roman a quelque chose du désuet, du touchant, du tableau en fait.
Un superbe tableau, très bien encadré, qui dépeint Salammbô la sublime, la femme orientale dont rêvait l'homme du XIXème siècle, entourée de ses python et du sang de sa culture, qui sublime son teint lunaire, presque romantique, Mâtho, son amant maudit, son fiancé officiel dont on ne sait pas ni ce qu'il veut, ni comment il l'obtient, et Hamilcar , le père guerrier et héroïque qui se voile la face. L'ensemble possède cet aspect décalé typique de ceux qui envisagent un siècle antérieur avec autant de mythologie que de recherches - et, il faut le dire, une belle pointe de nostalgie.

Ca pourrait être risible, ça l'est régulièrement, et puis, voilà, ça marche, il y a une note de couleur qui devient vivante, une phrase comme "Mâtho convoqua Salammbô, mentalement, à un rendez-vous ; puis il l'attendit. Elle ne vint pas- cela lui parut une trahison nouvelle, - et désormais il l'exécra." Un détail de la fresque devient narratif, et on pourrait presque faire un roman d'une phrase. Je pense notamment aussi aux petits détails très discrètement mis en scène par l'auteur au sujet des unions qu'il qualifie d'obscènes avant de les rendre grandioses par dramatisation et de les anéantir. Mais on vous dira que je ne suis pas objective à ce sujet.

Albert Thibaudet dit, selon moi avec beaucoup de justesse que ce roman est "un prétexte à joyaux et à rêves". J'admets que la petite pie que je suis n'a pas pu ne pas s'imaginer les parures de la princesse de Carthage, qui sont à la fois plus chatoyante et plus vivante qu'une majorité des personnages dépeints. Encore que, il y aura sans doute des lecteurs pour admirer les contorsions géniales de Spendius, la mélancolie furieuse de Mâtho, le destin de Giscon ou de Salammbô elle-même. J'admire et m'étonne qu'on puisse décrire des scènes de sacrifice humain et d'anthropophagie sans parvenir à faire ressentir au lecteur ni dégoût ni émotion, juste... oui. Le même type de sensation vaguement nauséabonde que lorsqu'on regarde un tableau médiéval sur la passion ou bêtement un crucifix.

En résumé, à mon sens, l'ensemble correspond à une succession assez molle de différentes fresques ou images, qui vont du pittoresque au pugilat, mais toujours avec cet air de peinture, le détail un peu pesant des muscles, de la sueur et des cuisses, vaguement érotique – et toujours dépourvu de l'odeur, du crade, du sale, de l’avilissant ou avalisé. Plaira aux amateurs d'art, je suppose ?

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