Captorix

Avis sur Sérotonine

Avatar dagrey
Critique publiée par le

Florent Claude Labrouste est contractuel au ministère de la Culture. Fatigué de sa liaison, avec Yuzu, sa compagne, il décide de changer de vie en disparaissant. Son départ en province va le plonger dans les remords et les regrets. Cette fuite va également lui rappeler combien le monde est cruel, en proie à des mutations qui broie notamment le monde agricole.

Michel Houellebecq s'est marié en septembre 2018 mais que ses admirateurs se consolent, cela n'a rien changé à ses thèmes de prédilection ni à son style. L'écrivain met ici en scène un anti-héros, insatisfait chronique, rongé par les remords et les regrets. Florent Claude Labrouste a 46 ans mais il a le sentiment que sa fin est proche, que ce sera une libération parce qu'il déteste le monde dans lequel il vit.

Si le thèmes sont noirs, l'écriture de Houellebecq est toujours délicieusement et cyniquement drôle et son personnage principal est encore très largement auto biographique.
Déroulant le fil de sa vie passé, l'anti héros va passer d'anecdotes en histoires d'amour finissantes ou gâchées.

Narrant le dépannage de la voiture de 2 espagnoles dans la vingtaine, l'auteur part dans des digressions grivoises évoquant les formes des 2 jeunes filles, une chatain et une brune.
Lui ayant fait une grosse impression,celle qu'il surnomme "La chatain" reviendra par épisode, comme la Madeleine de Proust, tout au long du roman, tant il est vrai que, plus on avance en âge, plus les filles jeunes font de l'effet aux hommes qui le sont de moins en moins...la vie est vraiment mal faite mais je m'égare comme dirait l'auteur.

Il dira également énormément de mal de sa jeune compagne Yuzu, lui reprochant entre autre mensonges et infidélités, de passer près de 6 heures par jour dans la salle de bain, reconnaissant à raison, que cette pratique portée à l'excès, est honnie par la plupart des hommes.

Le roman croustille d'anecdotes cruelles mais non moins hilarantes. Ses rencontres avec le docteur Azote qui lui conseille de se taper des "Escorts" pour "remonter la pente" contrastent avec ses souvenirs d'amours déçus, par sa faute, avec ses ex compagnes, Kate et Camille. Le style, parfois, se complait à décrire les femmes de façon misogyne et vulgaire, se limitant à décrire leurs "chattes", "culs" et autres "seins". Quant aux femmes qui l'ont déçu, Houellebecq n'hésite pas à les traiter de "salopes", en plein milieu d'une phrase au français châtié. Je ne suis pas sûr que ce livre s'inscrive dans le courant de la doxa dominante porté par Marlène Schiappa.

Plus surprenant, Houellebecq estime que les femmes s'épanouissent dans un amour partagé qu'elles subliment et que les hommes finissent par adhérer à cet état d'esprit...cela fonctionne parfois un temps mais au regard du nombre de séparations, cela se termine souvent par un schisme.

Moins visionnaire que Plateforme ou Soumission, le livre exhale constamment l'absence de perspective du personnage principal qui appelle de ses voeux sa mort prochaine pour différentes raisons:

  • on ne peut pas revenir sur ses erreurs, surtout celles qui engagent toute une vie,
  • la vie professionnelle est "chiante",
  • à 46 ans, l'homme est vieux,
  • l'Europe et la social démocratie vont "mettre à sac" nos campagnes et plus généralement nos vies...

Si l'on peut reprocher à ce dernier roman de Houllebecq son absence de vision et sa façon de parler des femmes, son constat d'une société en crise, atomisée par la mondialisation et divisée comme jamais est pourtant d'une grande justesse.

Ce n'est pas souvent que je me suis senti autant en phase avec un auteur...

Ma note: 8/10

Et vous, avez-vous apprécié la critique ?
Critique lue 611 fois
13 apprécient

dagrey a ajouté ce livre à 2 listes Sérotonine

Autres actions de dagrey Sérotonine