On aurait pu croire qu'un livre écrit suite à une démission du CEMA, due à un désaccord budgétaire contre le chef de l'Etat, soit un livre à charge... il n'en est rien.
Pierre de Villiers reste digne et ne fait pas preuve d'un ressentiment excessif, bien au contraire, il rend un profond hommage à l'institution qu'il a servi toute sa vie.
En cela, le contexte de l'écriture du livre peut étonner avec le contenu de celui-ci. Je m'attendais à plus de détails concernant l'aspect coercitif du budget, et la manière de défendre les intérêt de la Défense (ministère des armées aujourd'hui).
Or, Pierre de Villiers justifie le besoin budgétaire, et est favorable à l'inspiration des sciences du management pour la gestion des armées.
Peut-être connaissez-vous Philippe de Villiers, frère de Pierre de Villiers, on remarque rapidement que les deux frères ne sont pas sur la même ligne politique.
Pierre de Villiers fait plutôt l'éloge des organisations internationales (ONU, OTAN), et remet même sur le devant de la scène le projet de défense européenne !
Il est extrêmement (trop ?) optimiste concernant la jeunesse française, a contrario, son frère a une vision pessimiste de l'avenir avec notamment l'islamisation de la France.
Revenons sur le livre, il est intéressant pour faire un état des lieux des différents théâtres d'opérations de nos armées, et sur la justification de nos présences sur ces territoires.
Pierre de Villiers voit deux menaces majeurs : le retour des États puissances, et le terrorisme international.
Ces deux menaces demandent des stratégies différentes.
Le renouvellement des capacités de l'armée doit permettre de nous laisser parmi les grandes puissances face aux velléités bellicistes des autres États.
La coopération internationale doit permettre de faire face au terrorisme islamique, les terroristes ne s'encombrant pas du droit international et du respect des frontières.
Notre ancien CEMA tient également à améliorer les conditions de vie des militaires, ainsi que celles des familles de militaire.
On regrettera que le secret défense empêche de développer certains sujets (c'est compréhensible, mais il est normal d'être curieux).
Un livre qui se lit facilement, on ressent une véritable bienveillance de cet homme, loin de l'image du militaire belliqueux.
Mais c'est cette bienveillance, et cette diplomatie extrême qui limite l'intérêt du livre.
Il manque une affirmation politique, c'est donc un livre qui ne clive pas.