Lenie Clarke travaille dans une station sous-marine au fond d’un rift, dans des conditions sinistres. Elle s’en fout, elle a été tellement abîmée par la vie qu’ici ou ailleurs, elle en prendra toujours plein la gueule. Gerry Fischer est là parce qu’il n’a pas le choix. C’était ça, ou la taule assortie d’un traitement médical définitif pour les détraqués dans son genre. Tous les membres de cette station présentent des dégâts psychologiques plus ou moins irréversibles. Mais pourquoi ?
Peter Watts est un écrivain canadien et Starfish est son premier roman qui débute la trilogie Rifteurs.
Starfish n’est pas une histoire cyberpunk ; les quelques implants ne sont pas décrits et ne sont que des commodités scénaristiques. Starfish n’est presque pas un roman de science-fiction, tout juste de la science avancée. En revanche, c’est un complément de la thèse en biologie marine de Peter Watts. En effet, ce livre étale à longueur de pages les connaissances de son auteur. OK, il est calé dans son domaine, mais si je lis un bouquin de SF, c’est pas pour me taper un documentaire sur les fonds marins ! Pire, les explications jettent à la tête du lecteur les molécules qui altèrent la physiologie avec les détails des réactions chimiques. Navré, je m’en fous. Et Peter Watts termine son roman en citant les bouquins scientifiques dont il s’est inspiré. Une thèse, vous dis-je !
Pourtant, le but de ce roman n’est pas de répandre les connaissances de son auteur. Cette histoire sert uniquement de support pour exposer ses fantasmes. En effet, les troubles de la galerie de personnages tournent toujours autour de la pédophilie. Ils endossent tous les rôles de bourreaux et de victime, parfois à la suite. La perversion est assez poussée, car elle excuse un pédophile (le pauvre, on le comprend pas, c’est sa manière d’aimer, et tout le monde est méchant avec lui, en plus). Il craque pour une victime de viols incestueux qu’il va évidemment attendrir, bien que leur relation se limite à du masochisme intellectuel. La victime de viols est bien sûr l’héroïne du roman et visiblement le fantasme de l’auteur, car c’est le seul personnage à être complètement décrit physiquement (elle ressemble à une gosse, d’ailleurs…). De plus, la plupart des mecs lui signifient de manière plus ou moins grossière les pulsions qu’elle leur inspire. Enfin, les fantasmes masochistes que Peter Watts prête à cet objet de désir laisse beaucoup trop entrevoir les siens.
L’ambiance est lourde, sombre et franchement moche. Les personnages sont détraqués, mais tous au niveau sexuel. Où sont les schizophrènes, les personnalités multiples, les bipolaires, les délirants ou les bons vieux paranoïaques ? Hormis les créatures marines et les réactions biochimiques, il n’y a que très peu de descriptions, jusqu’à la station dont on ignore l’architecture ou même les tronches des personnages (on découvre leur ethnie à la moitié du roman). En revanche, les errements sexuels et les lamentations dépressives sont légion.
Starfish est un recueil de fantasmes masochistes tournant autour de la pédophilie, mais cette œuvre se cache derrière un discours scientifique sans cesse justifié. C’est crade, très crade et au final inintéressant. Seule l’anecdote sur les ordinateurs biologiques qui dirigent l’humanité droit dans le mur est une vision prophétique de l’IA, mais Terminator l’avait déjà fait deux décennies auparavant. Dommage… Au final, cet écrivain devrait bien s’entendre avec John Ajvide Lindqvist, l’auteur du sulfureux Laisse-moi entrer. Pour ma part, je m’arrêterai au tome un de cette répugnante trilogie.