La lecture Tabor (tout comme celle de Aliène) est une expérience déroutante. Et pour cause, la limite entre la fiction, le rêve, le délire et la réalité est toujours brouillé, ténue, incertaine, brouillée, mouvante. C’est là, pourtant, ce qui fait la force du roman, et de l’écriture de Phœbe Hadjimarkos Clarke en général. C’est cette incertitude qui nous met en tension et met en tension les personnages, tous complexes, ambivalents, fuyants. Tabor, c’est l’histoire d’un monde qui s’effondre de toutes parts et d’une utopie bricolée par une communauté de rescapés s’étant établie dans un hameau de montagne. Face aux difficultés qu’ils et elles rencontrent (les savoirs perdus, le matériel rudimentaire, les conditions difficiles), les taborites tentent tant bien que mal de faire éclore et prospérer un « communisme de désastre » basé sur l’horizontalité et l’égalité, l’entraide et l’amour. Mais le fond de l’air est noir, la violence couve, la confiance se délite, le doute s’instille, la folie guette., la forêt se fait menaçante, et bientôt arrive un nouvel habitant... Tabor est une longue méditation sur la violence qui hante le monde et nous traverse, toujours présente, spectrale, insidieuse, sur la possibilité d’une vie épanouie et collective sur une planète en ruines, sur la force de l’amitié face au désastre. Écrit avec une plume aussi vive que sensible, Tabor est une lecture qui ne laisse pas indemne.