Autobiographie officielle de Mötley Crüe, The Dirt ("la crasse") n'est pas un simple livre. The Dirt est un testament, une vérité à la fois fabuleuse et dure, souvent inconcevable et totalement décalée de la réalité (comprendre hors du monde Mötley Crüe).


Rédigé par Neil Strauss après avoir recueillis d'innombrables propos de la part de tous les membres du groupe, y compris John Corabi, et de leur entourage (les gens qui les ont signé, leurs managers...) sur une période terriblement vaste s'étendant de l'enfance des protagonistes jusqu'à la génèse de New Tattoo (2000). Un album dont la tournée aurait été selon les rumeurs, très mouvementée, Nikki Sixx trompant sa Donna D'Erico d'amour (depuis remplacée par Kat Von D puis par Courtney Bingham) en fricotant avec Samantha Maloney, remplaçante de Tommy Lee revenu au bercail en 2004/2005 et du défunt Randy Castillo (Ozzy Osbourne) qui avait enregistré l'album.


Edité en français chez Camion Blanc, les plus anglophones préfèreront sans soute la version originale à la couverture et aux photos couleurs bien plus classieuses, The Dirt est par définition la Bible du fameux "sex, drugs & Rock N'Roll" et de la décadence. C'est d'ailleurs le seul point sur lequel on peut se poser des questions : comment les souvenirs apparaissent-ils si clairement à des esprits si embrûmés ?
Toutefois, ne soyons pas si mauvaises langues, les choses qui ont pu être racontées dans des interviews d'époque et que l'on retrouve ici sont tout à fait identiques.


The Dirt a la grave et lourde tâche, mais aussi l'honneur de nous montrer un groupe bien loin de ce qu'on peut voir à travers lui de nos jours. Ici, les fans en délire et les millions d'albums vendus ne font pas tout et ne sauvent pas un groupe bien souvent en détresse.


On y découvre quatre hommes aux enfances et aux adolescences tortueuses. Sans paraphraser le livre, Tommy Lee est le seul à avoir grandi comme le "commun des mortels" gâte et protégé par ses parents, perdu dans le pessimisme et le recul perpétuel de Mick Mars, l'instabilité aussi bien géographique que comportementale d'un Nikki Sixx, délaissé à la naissance par son père et qui quittera sa mère, quelques années plus tard, lui préférant ses grands parents. Vince Neil plonge quant à lui très tôt dans ce qui deviendra les passe-temps favoris de Mötley : la baise, l'alcool et la dope, ainsi que le Rock n' Roll. Tout cela sans compter les agressions subies dans la rue par les actuels bassiste et frontman du Crüe, pendant leur enfance.


The Dirt est aussi une preuve que tout peut arriver. Quatre vies aux destins liés qui ne font que se croiser avant de former et d'accomplir ce que nous connaissons tous aujourd'hui. Mötley Crüe est un groupe dans lequel personne ne croyait mais qui à la force de l'acharnement, en écumant les clubs encore et encore comme le Whiskey-A-Go-Go de Los Angeles, arrive à ses fins et fait un beau doigt d'honneur à ceux qui lui avaient craché au visage. Fougue, détermination et folies sont les caractéristiques de ce quatuor.


Mais là où The Dirt se veut moins enchanteur, il ne fait que dévoîler une dure réalité où quatre mecs immatures, arrivés sur le toit du monde beaucoup trop vite, sont perdus et livrés à leurs propres vices. Une réalité indescriptible où la vie côtoie la mort à chaque seconde. Entre un Nikki Sixx de plus en plus mal moralement qui frôle la mort avec une overdose à l'héroïne, un Mick Mars lui aussi dépréssif, profondément alcoolique qui tente de mettre fin à ses jours alors que dans le même temps Razzle (Hanoï Rocks) ainsi que deux autres personnes sont tuées accidentellement par Vince Neil, conduisant ivre mort pour s'approvisionner en alcool. Une nouvelle fois, Tommy pourtant pas avare en excès, semble être le seul à bien s'en tirer, le batteur préférant courir les jupons des starlettes d'Hollywood.


Mötley Crüe c'est aussi l'histoire d'une bande de copains inséparables (ou alors jamais pour très longtemps) mais qui n'hésitent pas à se foutre sur la gueule pour un oui ou pour un non, jamais là les uns pour les autres dans les moments difficiles, préférant laisser le malaise s'accentuer, comme ce Vince Neil en cure de désintoxe seul au monde sur la tournée Theater Of Pain, chacun étant submergé par ses propres problèmes. Et c'est bien là la grande tristesse de ce livre, des leçons retenues une fois l'irréparable arrivé. Dans The Dirt, tout semble paradoxal. Tout arrive trop tard, et les regrets sont amers car comme le fera remarquer Nikki Sixx dans sa chanson "Life Is Beautiful" des années plus tard, on se rend compte de l'importance des choses une fois qu'on les a perdu.


Le livre est plein de moments très forts, mais rien n'est comparable au décès de la petite Skylar, victime d'un cancer à l'âge de 4 ans. Lors d'un chapitre prenant au dénouement interminable, nous témoignons de la descente aux enfers d'un Vince Neil à la fois impuissant et toujours plein d'espoir. Un passage incroyablement fort, captivant et tragique où la tension est à son comble... Un cauchemar qui ne semble pas s'arrêter pour Mr. Neil, alors évincé du Crüe et remplacé par John Corabi.


Après la montée et l'apogée du groupe, on retrouve un Mötley Crüe terriblement fragile après le départ de Vince, avec un John Corabi totalement perdu au milieu de cet ouragan. Tommy Lee est ouvert à de nouvelles sonorités, Mick Mars se retrouve plus effacé que jamais et Nikki Sixx auquel plus rien ne réussit, est plus que jamais irritable.


Car au milieu de toutes les groupies, des rails de coke, jamais Mötley Crüe ne se montre maître de son destin. La constante et la stabilité sont des vertus inconnues au groupe qui ne peut être que désemparé devant tant d'impuissance. Le succès et la pression auprés de la major Elektra traitant un Mötley salement endetté comme un groupe de seconde zone, s'envole en même temps que Vince Neil, s'essayant en solo. Mais si cette inconstance se retrouve dans le comportement et la manière, elle est aussi musicale, le groupe entier s'accordant à dire que entre 3 albums d'un très haut niveau, il a sorti deux disques très moyens ne contenant qu'une poignée de bons titres (Theater Of Pain et Girls, Girls, Girls qui se sont toutefois parfaitement vendus).


The Dirt est un livre incroyablement fort, changeant la perception qu'on a de la vie, l'ouvrage de quatre hommes miraculés ayant souvent joué avec le feu avant de se brûler méchamment les doigts. Parfois drôle, parfois triste, parfois cruel mais souvent déjante et incroyable, The Dirt est un morceau d'existence, de réussite et de gâchis, un plaidoyer envers la vie. Une sorte de purgatoire pour ces saints diaboliques qui n'ont jamais cessé d'osciller entre paradis et enfer. Une oeuvre culte, propulsant Mötley Crüe de façon définitive au rang de groupe unique et légendaire. Il faut le lire pour le croire...

AntoineRobert1
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le 12 mai 2016

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Antoine Robert

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