Maelström comico-trash

Avis sur Underground Hitler

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En lisant Underground Hitler, on songe aux scènes de La Chute montrant Hitler hystérique. Au pathétique des personnages de Moloch. À L’Extase totale. Aux passages les plus cradingues de Hitler = SS et des 120 journées de Sodome. Au plus absurdocaustique des Monthy Python et aux plus dingos des films de la TROMA. On pourrait encore multiplier les références pour essayer de décrire ce roman, mais cela n’y suffirait pas tant il est vraiment unique !

Underground Hitler est donc un huit clos délirant, qui met en scène Adolf Hitler vivant ses derniers jours dans son bunker, avec ses proches, dans un Berlin sous les bombes. On découvre dès les premières pages un dictateur complètement barjo et bipolaire, déchiré entre son idéal de virilité, de surhomme et sa réalité d’homme faiblard, malade, accroc aux drogues et insultant à tout va ceux qui ne se soumettent pas à ses désirs. Sa paranoïa extrême lui faisant voir un traître dans quasi chaque personnage exprimant un refus ne manque vraiment pas de ridicule...

Au fil de la lecture, l’ambiance générale devient peu à peu étouffante. On en est presque soulagé quand les saloperies à visage humain habitant ces deux-cent-soixante-dix pages, tentent de s’enfuir de leurs quatre murs... pour se retrouver dans des situations encore plus dures et plus grotesques. Deux semaines d’action pornogore dans un bunker, avec un dictateur raciste, misogyne et en proie aux perversions les plus crasses, ce n’est évidemment pas un Harlequin au grand air de la montagne, ni le Club Med !

Ainsi les propos aussi délirants qu’outranciers du « petit moustachu » et de ses acolytes aux ordres, les scènes de défonce et de partouzes scato’ et j’en passe, font de ce roman un monument de trasho-comédie, aux airs de bizzaro fiction, et dans lequel les scènes trash font ou éclater de rire (jaune) ou mettent mal à l’aise par leur perversité – c’est probablement dans ce roman que Costes touche au plus sensible et au plus glauque. Si le pari de l’auteur était d’estomaquer une nouvelle fois son public, de lui faire éructer des « PUTAIN ! » d’énervement, on peut lui dire qu’il l’a foutrement bien gagné !

Quand Costes injecte des éléments historiques dans son récit aux tonalités burlesques, ceux-ci sont vites dépassés par la folie du Führer se prenant pour le Messie, et par celle de ses larbins s’exprimant souvent comme de risibles automates. Une folie légèrement teintée d’ésotérisme que l’auteur explore avec brio et qui provoquera donc aussi bien le rire que l’effroi, ou les deux ensemble.

Comme l’observait si justement Yann Kerninon dans L’art brutal de Jean-Louis Costes : « Costes et son œuvre représentent – sans détour – toute la folie humaine dans son horreur et sa beauté étrange. » Un propos tout à fait valable pour Underground Hitler, représentant – entre autre – le monstrueux pouvant jaillir chez certains êtres humains mais qui, pour la morale bourgeoise dominante, devrait rester tabou, censuré et marginal en art, voire ne pas y exister du tout.

Le final de ces « aventures d’Hitler et d’sa clique » est, de par son délire mystique et fantastique, aussi bluffant que celui de La dernière croisade, le précédent roman de l’écrivain également commandable sur Eretic-Art.

En conclusion, Underground Hitler est sans doute un des plus gros foutage de gueule antinazi de l’histoire de la littérature. Que cela soit ou non voulu par l’auteur n’est pas très important. Lorsqu’on lit des œuvres de fiction, on laisse tant bien que mal nos principes moraux en sourdine. Et on prend un malin plaisir à lire celles de Costes, et à ricaner bigrement pendant cette satire trash sur les derniers jours des dirigeants du IIIe Reich, ridiculisés au plus haut point.

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