Cette cité-Etat, cette ville-monde, cette puissance maritime et commerciale est née d'une lagune marécageuse et boueuse, pour devenir un pôle économique incontournable, avant de décliner et de (sur)vivre de l'alimentation du fantasme qu'elle véhicule, pour devenir la ville-musée énigmatique de nos jours. Elle a su négocier le virage, au point de dissimuler à ses contemporains la perte de sa superbe.
Son histoire est subtile, les influences diverses, dans les deux sens. Le ton est clair, scientifique, et le style agréable, fin et sans nervure superficielle. Son système politique, original et complexe, fait d'une république aristocratique collégiale avec un doge sous contrôle de ses pairs, est clairement exposé, les détails complexes des méandres institutionnels et décisionnels étant éludés, passablement passés sous silence pour éviter d'alourdir le style descriptif, presque narratif, en tout cas incisif.
La partie artistique m'est apparue un peu légère et l'histoire contemporaine fait malencontreusement défaut. Il s'agit d'une histoire, certes, mais ne pouvait-on pas s'arrêter à la fin du XXème ? Comment vivent les Vénitiens contemporains, au milieu de ces flots de touristes ? L'histoire n'est pas la sociologie, certes, mais, bon, tout de même.
L'ouvrage reste très clair et fait tout de même le tour de presque tout. Les auteurs sont universitaires, agrégés d'histoire. Aussi leur livre ressemble-t-il à un manuel par son ton et sa forme, ce qui le rend très didactique.