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Yaak Valley, Montana

Avatar Anaïs Alexandre
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Peter est un assistant social. Il vient en aide aux familles démunies et cherche à proteger les enfants de parents maltraitants ou négligents. Il suit notamment Cécil et Katie, dont la mère est une alcoolique et une droguée. Il fait également la rencontre de Benjamin, un garçon qui vit seul dans les bois avec un père fondamentaliste chrétien. Mais Peter a aussi ses propres démons et sa propre famille bancale à gérer.

C'est un roman de plus de 600 pages mais que j'ai, pour ma part, lu presque d'une traite. Il a une force addictive que je n'explique pas complètement. Le rythme est assez soutenue et plusieurs intrigues se mêlent. Pete, comme le lecteur, suit plusieurs histoires en même temps. Le héro est constamment en mouvement, constamment appelé pour intervenir dans des lieux plutôt éloignés les uns des autres. Le texte est habité par une certaine urgence. Il y a urgence à sauver ces enfants, urgence à prouver son innocence, urgence à retrouver sa propre fille... C'est cela qui m'a rendu la lecture si prenante, si haletante sans doute. Cette urgence m'habitait.

Le thème de l'enfance en danger est quelques chose qui me touche toujours énormément et je trouve qu'ici cela est particulièrement bien traité. Pete est limité dans ses actions par l’administration mais aussi par ses propres problématiques. On voit qu'il est très dur d'être travailleur sociaux et père. Son travail consiste à proteger des enfants mais il échoue à sauver sa propre fille. Il n'a pas les solutions à toutes les questions ni les moyens d'agir comme il l'entend. Il fait face à des situations imprévisibles que, même avec son experience, il n'a pas pu anticiper. Il travail avec des êtres humains et ne peut donc jamais se reposer sur ses acquis. Il s'épuise, s'agite, se torture pour trouver des solutions à ces famille et s'oublie parfois lui-même. Confronté aux drames les plus sordides, il doit aussi faire face à ses propres démons, à sa propre enfance. Il vit au cœur d'une région brutale et crasseuse où il est seul. Face au désespoir et à la violence il n'y a parfois pas de réponse complète. C’est un personnage d'homme plein de nuances et de réalisme.

Son chagrin aurait du finir par se tarir, mais l'injustice de la situation ne cessait de raviver sa peine. Son estomac endolori lui faisait un mal de chien. Les coups qu'il avait reçus étaient injustes. Une gamine trop frêle et orpheline, ça aussi c'était injuste. Sa propre fille disparue depuis si longtemps. Injuste. Le père de Katie l'avait plantée à Missoula avec une mère alcoolique. Ses parents à lui étaient morts. Son frère s'était évanoui dans la nature.
Pete était seul.
C'était ça, le truc. Cette solitude absolue. Comment c'était possible ?

A travers les histoires qui se mêlent, on retrouve plusieurs des grandes questions sociales qui traversent l’Amérique comme l’omniprésence des armes à feu, le fondamentalisme religieux ou les zones trop rurales et trop délaissées. En plus d'être un roman sur les travailleurs sociaux et les enfants maltraités c'est aussi l’histoire de cette Amérique un peu paumée.

On peut aussi trouver dans ce roman une réflexion sur les liens familiaux qui peuvent être destructeurs mais toujours fondateurs. Les questions de rédemption ou de renaissance sont aussi abordées. Il y a notamment un personnage d'assistante sociale qui a eu une enfance abusée et qui a connu des familles d’accueils plus ou moins compétentes. Son parcours est interessant et pose la question du devenir de ces enfants. L'auteur nous offre quelques lueurs d'espoirs et veut croire en une possible sortie de la misère pour ces personnages. La fin est extrêmement ouverte et invite le lecteur à espérer le meilleur (ou le moins pire) pour eux... A découvrir !

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