Comment rendre compte, fidèlement, de la lecture de « À la ligne » ?, la question me taraude depuis des mois. Peut-être moins en en résumant ou en en condensant le propos, comme il est de coutume, qu’en essayant de transmettre ce qu’il provoque. Mais les mots manquent, et restent en deçà, et cette chronique ne dira jamais plus qu’une infime partie de ce que je voudrais en dire. Écrire la souffrance du corps et de l’esprit, les effets bruts, brutaux, quotidiens de la condition prolétaire. Dire l’exploitation telle qu’elle s’exprime douloureusement dans la chair, dans la psyché. Dire les douleurs et les humiliations de l’usine. Dire les cadences intenables. Dire l’arrogance des chefs. Dire aussi, les complicités et les solidarités ouvrières, les chants pour tenir, les infimes joies qui t’aident à finir la journée, malgré tout. Trouver, surtout, les mots justes, et plus important encore, ne jamais verser ni dans le misérabilisme, ni dans la romantisation. C’est tout cela que réussit À la ligne, d’une plume humble, sensible, saisissante. Sans doute, pratiquer un métier physique, qui use le corps chaque jour un peu plus, qui émousse et érode, m’a-t-il rendu plus sensible aux mots de Joseph Ponthus, mais il me semble qu’ils sauront toucher toutes celles et ceux qui, un jour où l’autre, ont dû trimer et s’en souvienne. Merci à toi, camarade, d’avoir écrit notre peine. Que ton repos soit doux. Désormais, au moins, ta colonne ne criera plus.