À propos de Nora est le premier roman de l’autrice américaine Kristin Koval, originellement intitulé Penitence et paru aux États-Unis en 2025 avant d’être rapidement traduit en France chez Sonatine. Une maison d’édition qui a vraiment le don de nous ramener régulièrement de petites pépites d'outre Atlantique.
Alors je ne vais pas faire de résumé pour celles et ceux qui voudraient découvrir le livre sans trop en savoir, mais on peut dire qu’on pense très vite à la série Adolescence, sortie l’année dernière et qui met en scène un jeune garçon de 12-13 ans incarcéré à la suite d’un meurtre. On est dans un thème assez proche au départ, même si le livre s’en éloigne très vite.
On est vite mis dans la peau de plusieurs personnages qui se succèdent : Nora, l'adolescente de 13 ans, coupable d'un acte horrible, Angie sa mère, David son père, et Martine leur avocate, une femme de 72 ans. C’est d’ailleurs assez rafraîchissant d’être dans la peau d’une vieille dame, ce n'est pas une expérience de lecture qui arrive souvent, malheureusement d'ailleurs. Tout cela se déroule dans une ville fictive du Colorado, jolie station de ski entourée par les montagnes.
En tout cas, c’est surtout quand on est dans la peau d’Angie, la maman de Nora, que l’on sent la force de l’écriture. Avec un style pourtant assez simple, le livre déploie une vraie puissance, parce qu’il parvient à nous installer dans la tête de ce personnage, et à lui donner une vraie voix. Une mère clairement pas épargnée par les événements de la vie, mais à travers laquelle apparaissent aussi, par petites touches, tous les aspects difficiles du rôle de femme et du rôle de mère, glissés ici et là au détour de quelques phrases.
Et ça fonctionne super bien puisqu’on en arrive à vraiment suivre le fil de ses pensées : pas seulement face aux grandes choses de la vie, mais aussi dans des moments très simples du quotidien. Quand elle marche, quand elle va faire le plein d’essence, quand elle réfléchit, doute, ou quand ses pensées commencent à tourner en boucle.
Et c’est justement tout ce que j’adore, parce que c’est ce genre de détail qui construit des personnages forts.
Mais bien sûr, ça ne s’arrête pas à Angie. À travers les autres personnages, le roman dresse aussi, par petites touches, une sorte d’état des lieux de la société américaine : le système judiciaire, le monde carcéral, mais aussi certaines facettes de la mentalité américaine.
Ce n’est jamais une vraie satire, plutôt quelque chose de disséminé discrètement dans le récit. On sent un regard posé sur tout cela, difficile de dire s’il s’agit vraiment de celui des personnages ou de celui de l’autrice dont le passé d’avocate donne un certain cachet à ce qui est décrit.
C'est un roman qui touche aussi à beaucoup de choses : la culpabilité et l’acceptation, le pardon, les relations - parentales, familiales, amoureuses - mais aussi la vieillesse, les regrets, la maladie, la maternité, le deuil, ou encore le poids des secrets.
Car oui, quand on commence ce roman, on pourrait penser avoir affaire à une sorte de thriller psychologique. Et d’une certaine manière, on peut continuer à le voir comme ça. Mais pour moi, ça va au-delà. C’est surtout un roman dramatique, un roman de personnages, presque un roman de vie.
L’événement qui survient au début du livre sert de point de départ, de prétexte pour raconter une histoire bien plus large. Il permet d’explorer très vite les relations, la complexité des liens, et tout ce que la vie peut faire surgir quand les choses tournent mal.
Pour un premier roman, l’autrice parvient à aborder beaucoup de thèmes sans jamais les survoler ni les traiter seulement en surface. Il y a notamment une question qui revient : celle du pardon. Le pardon pour soi-même, le pardon pour l’autre.
Il y a d’ailleurs un passage intéressant où elle explique que, dans une famille ou dans une relation, quand quelqu’un s’excuse, il est finalement assez rare que l’autre formule clairement son pardon en disant simplement « je te pardonne ».
C’est quelque chose qui m’a fait réfléchir, parce qu’on demande souvent aux enfants de s’excuser, mais on pense beaucoup moins à leur montrer que cette excuse est réellement accueillie et acceptée.
Bref, c’est vraiment un très beau roman, qui se lit vite, mais dans lequel il y a une vraie ambiance, ce qui n’est jamais facile à créer. On est complètement plongé dans ces vies et ces personnages avec, au milieu, Angie qui reste un personnage fort, que j’ai trouvé touchant et passionnant. Et je ne raconte pas tout, parce qu’il vaut simplement mieux découvrir par soi-même.
Un grand bravo à l’autrice pour ce premier roman, et encore bien joué aux éditions Sonatine d’avoir su dénicher ce joli texte aussi rapidement.