Quand la quête de l'idéal nous aveugle

Je viens de lire l'oeuvre de Huymans, A Rebours. J'ai toujours voulu la lire depuis qu'on en a parlé en cours et l'épisode de la tortue me semblait vraiment remarquable, bien que je ne l'ai trouvé aussi frappant et imagé que l'hypotypose que m'avait décrit mon professeur.

D'abord ce que je retiens de la lecture , c'est que le protagoniste Des Esseintes et un aristocrate très fortuné, rejeton d'une famille illustre qui s'est éteint peu à peu du fait de mariages consanguins et qui a une santé très fragile ce qui jusqu'ici n'a rien d'extraordinaire. Ce n'est pas là que réside le géni de Huysmans dans le récit de la vie de ce personnage haut en couleur, de dandy un peu snobe qui a horreur de la bourgeoisie et du ''goût commun'' comme de la peste.

Ce qui m'a le plus marqué à la lecture du livre, c'est le potentiel intertextuel de cet ouvrage qui rassemble des ouvrages des contemporains de l'auteur, cite des tableaux, des compositions musicales et des textes de théologies avec une précision remarquable.

Le récit se passe dans une banlieue parisienne il me semble, ou du moins un petit bourg (Fontenay sous Bois) à côté de la capitale qui offre à Des Esseintes toutes les promesses de la retraite dans la tour d'ivoire et de l'ailleurs fantasmé propre aux romantiques. Il est à noté que le roman est écrit quelques années seulement après la fin de la période napoléonienne (Napoléon III) et donc à un moment où l'aristocratie décroit et avec elle un certain goût pour l'idéal, les privilèges et selon le livre une vision sacrée de l'art.

J'assimile Des Esseintes à un étudiant curieux et un peu arrogant qui s'essaye à tout et croit avoir compris comme on dit rapidement Flaubert, Edgar Alan Poe, Baudelaire, Balzac, Nietzsche etc. C'est un romantique désabusé qui comme Emma Bovary ne retrouve pas dans la société mondaine les promesses que lui avait fait miroité ses romans. Mais à la différence d'Emma,, Des Esseintes est une fortune et une personnalité importante de celles qu'on retrouve dans A la Recherche du temps perdu et qui représentent les derniers membres d'une société illustre.

Ainsi il emploie ses moyens à réaliser ses folies que Huysmans écrit avec un cynisme et une intelligence qui font voir les excès de cet esthète qui est près à tout pour trouver comme dans l'oeuvre de Gustave Moreau un symbole, un sentiment de perfection. Il accumule les chef-d'oeuvres et de façon anachronique est épris par ces époques illustres, c'est image du sacré qui lui sont suggéré par les oeuvres de ces grands poètes, écrivains et artistes. Huysmans insiste longuement sur cette résurgence du réligieux qui se produit dans l'esprit de Des Esseintes quand il revoit à rebours ses aventures et que plongé dans le spleen , il repense à ses cours de théologie chez les Pères. Le rapport à la religion du personnage est de même problématique car c'est moins la fois qui l'intéresse que le sadisme et l'ésotérisme de la religion que lui inspire les ouvrages de Sade, Schopenhauer, Villiers de Lisle Adam etc.

En racontant son récit à rebours, Huysmans intègre un jugement réflexif qu'il nous invite à avoir sur la dépense de Des Esseintes et les antalgiques qu'il a employé au cours de son existence pour s'évader de ses souffrances physiques ( ayant une santé fragile) et du dégout profond qu'il éprouve de la société parisienne de son époque, mercantile, sans génie et professant un discours commun sur les arts et la littérature. L'extrême sensibilité de Des Esseintes en fait une victime de sa passion pour le beau, car il ne souffre aucune imperfection. C'est pourquoi au terme du roman, quand il est astreint par son médecin à retourner dans la société pour combattre son mal, lié à l'isolement, il vit cela comme un purgatoire car retourner dans le monde c'est faire le chemin à Rebours et retrouver ces pensées, ces défauts qu'il cherchait à exclure de sa vie.


Ma critique est très descriptive, je ne me propose pas de faire une analyse littéraire et détaillée de l'oeuvre, elle a été beaucoup étudiée. Je trouve que certains arguments sont dépassés aujourd'hui que ce soit le mutisme des domestiques comparés à des objets ou les réflexions réductrices sur les ''nègres'' , en dehors ce ces quelques aberrations le livre est très riche et propose une réflexion intéressante sur la représentation artistique ( la tortue incrustée de pierreries, les tableaux du salon, la frénésie pour les senteurs et les liqueurs...), le mal du siècle et le romantisme.


Je recommande pour ceux qui l'on lu de lire Bouvard et Pécuchet de Flaubert, écrit à peu d'intervalle, où j'ai retrouve pour mon plaisir , cette manie d'accumulation et cette volonté d'érudition chez les personnages qui tourne à l'obsession.



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le 31 juil. 2026

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