Ils sont nombreux sur l’autoroute et dans ce roman de Marcus Malte ! Roland Carratero en route pour rejoindre son ex-femme atteinte d’un cancer. Sylvain Page qui veut emmener son petit garçon à Disneyland. Frédéric Gruson, camionneur, et ses parents, Maryse et Lucien qui, hasard de la vie, ont tous pris la route ce jour-là. Pierre-Peter qui vit dans son camping-car allant d’aires de repos en aires de repos. Catherine Delizieu, héritière d’une entreprise familiale qu’elle a su faire fructifier. Claire et son mari Jean-Yves Jourde, dont le couple semble prêt de s’effondrer. Deux jeunes amoureux, Romain et Audrey. Zoé qui tient la caisse d’une boutique sur une aire d’autoroute. Un autostoppeur qui cherche à partir “Ailleurs”. Toutes ces personnes avancent au fil des pages, de leurs pensées, de leurs histoires, vers leur destin.
Dès le préambule, on sait qu’on va être bousculé. Marcus Malte donne la parole à des êtres du futur qui étudient ces ancêtres du XXIème siècle et leurs habitudes étranges, non sans une certaine ironie. Puis le focus de déplace sur le premier protagoniste, Roland Carratero, que l’on trouve plongé dans ses pensées dans l’habitacle de sa voiture. On va ensuite faire connaissance avec chacun des personnages, explorer leurs vies, comprendre leurs failles. Hommes ou femmes, jeunes ou plus âgés, riches ou non, toutes les strates de la société semblent ici rassemblées pour composer le puzzle d’une humanité qui court immanquablement vers sa fin. Chacun est identifié, en tête de chapitre, par le modèle de son véhicule, marquant ainsi encore plus clairement l’appartenance sociale et le statut financier.
Au fil des pages, on se tient ainsi aux côtés de chacun d’entre eux jusqu’à en être de plus en plus proche, voire intime. Leurs pensées ou leurs conversations sont régulièrement interrompues par des bribes d’information ou des slogans publicitaires provenant des radios présentes dans les voitures, rappelant qu’il existe un monde au-delà de ces espaces confinés.
On s’attache immanquablement à ces vies qui nous sont montrées ici dans toute leur complexité. Et on admire le style et l’originalité de la plume de Marcus Malte, cette manière apparemment si simple et déliée de nous plonger au cœur de ces histoires. On apprécie cette inventivité, cette ironie subtile et mordante qui émaille le texte. On soupçonne aussi chez Marcus Malte un brin de pessimisme et un rien de désenchantement mais qui vont parfaitement à ce roman. Une formidable lecture à laquelle il est bien difficile de s’arracher.