Tout en empruntant un chemin que l’on croit d’abord parfaitement balisé - ces traumatismes anciens que le lecteur devine peu à peu derrière le personnage d’Alex, - cette mécanique du thriller psychologique déjà lue, vue ou entendue ailleurs - , là où l’on pense avancer en terrain connu, Pierre Lemaitre réussit quand même à déjouer les attentes.
La force du roman réside dans cette capacité à manipuler le lecteur. Au fil du récit, de petits détails, presque anodins sur le moment, sont dispersés. Ce n’est qu’une fois le dénouement atteint que l’on mesure l’habileté de leur agencement : tout était là, sous nos yeux, mais savamment noyé dans la tension et le rythme du récit : le lecteur s’est laissé embarquer dans le « page-turner » et a laissé filer les indices. C’est ingénieux, c’est malin, c’est ce qui permet à ce livre de ne pas être un énième thriller comme les autres, et Pierre Lemaitre porte bien son nom.