Du Leurs Enfants Après Eux à l'américaine avec du meurtre en plus. Plongée sombre dans la Monongahela Valley en Pennsylvanie dans cette Rust Belt désindustrialisée à la sauvage, à l'américaine. La narration alterne de personnages en personnages, plus complexes qu'envisagés de prime abord avec Isaac English ado prodige sur le spectre aux accents pascaliens, son père Henry handicapé à la suite d'un accident du travail et rongé par la culpabilité du suicide de sa femme Mary, Lee la soeur qui a "fui" sur une autre planète en épousant Simon, riche new-yorkais rencontré à Yale, son meilleur poto Billy Poe, ancienne gloire du lycée devenu castagneur du samedi soir, la mère de Poe, Grace, aimante, sacrificielle et désabusée, et l'amant de celle-ci Bud Harris, chief of police qui n'hésite pas à s'arranger avec la loi.
Les destins se croisent et plongent toujours plus dans le deep deep black de la valley magnifique, dans les artères codifiés d'un pénitencier, sur la route des stations services et des Walmart, tout ça dans un style simple qui suit les pensées des narrateurs et laisse place à l'intrigue, de plus en plus irrespirable. On sent que ça va mal finir mais on se demande jusqu'à quel point. Et puis la fin.. bon je ne spoile rien mais un poil rapide après quelques longueurs dans la spirale qui y menait.
En tous cas ça se lit vachement bien, c'est très cinématographique et suffisamment nuancé pour rester longtemps en tête. L'histoire de la Valley en filigrane, triste et évitable, donne le sentiment d'une tragédie vouée à se répéter. Du coup ça me va aussi comme propos politique : nique le libéralisme sauvage qui s'essuie aujourd'hui les panards sur ceux qu'elle exploitait hier en leur retirant jusqu'à leur fierté.