- Édition lue : publiée en avril 2016 aux éditions Folio. EAN : 9782070468805. Traduit de l'anglais par Anne Damour.
Résumé
Une lecture intéressante mais qui manque de profondeur malgré ses plus de 600 pages.
Détails (et spoilers)
S'il serait bien réducteur de faire d'Americanah une simple romance entre plusieurs continents, il faut tout de même reconnaitre que le récit est structuré autour de la relation entre Ifemelu et Obinze. Les parties consacrées à leurs sentiments peinant à s'accorder ne sont pas les plus prenantes et reprennent des schémas parfois stéréotypés. On sent la volonté d'y mettre un peu de poésie et d'ajouter une dose de tragique dans cette idylle sans cesse recommencée dont les pérégrinations entravent le déroulement idéal.
Cela étant, les troubles d'Ifemelu à son arrivée en Amérique font partie des passages les plus pertinents de l'ouvrage, et son enfermement découlant d'une précarité l'ayant poussé à la semi-prostitution ne peut qu'émouvoir. Ainsi, si les 200 premières pages ont peiné à m'accrocher et que la fin tombe est un peu dans les facilités romantiques, le cœur du livre évoque avec justesse la précarité, le racisme et les turpitudes amoureuses rencontrée par une immigrée nigériane.
La question de la race est omniprésente, notamment via ce blog géré par la protagoniste, et cela offre des passages acerbes sur un racisme ordinaire faussement teintée de bienveillance. Chimamanda Ngozi Adichie s'intéressera plus à la violence symbolique d'une élite démocrate qu'aux actes les plus évidents comme les violences policières, mais cela ne l'empêchera pas d'aborder les discriminations à l'embauche dans une fresque peu reluisante des Etats-Unis des années 2010. L'espace temporel du roman comprenant la campagne puis l'élection d'Obama, l'écart entre ce vécu de Noire non américaine et ces espoirs de lendemains meilleurs est d'autant plus saisissant. Le Nigeria n'est pas épargné par la plume amer de l'autrice, exposant la corruption économique et morale qui contamine les différents groupes sociaux qu'elle sera amenée à côtoyer. Ces différents points de vues permettant ainsi de saisir les différentes réalités entre Noir⸱es américain⸱es ou non américain⸱es et entre le vécu d'un⸱e Noir⸱e en Amérique et en Afrique.
Cependant, il est bien regrettable qu'Americanah perde de sa verve critique quand il est question des biais d'une Ifemelu que l'on peut assimiler à l'autrice. Son rejet de la pureté éthique de Blaine n'est guère interrogé, au profit d'une désinvolture dépolitisante qui se confirme dans la manière dont Chimamanda Ngozi Adichie abordera sans négativité ses revenus issus de la publicité. Il est d'ailleurs marquant de voir que cette proximité avec le consumérisme dépasse la fiction pour s'étaler devant nous à la lecture des nombreuses marques qui parsèment le roman.
Enfin, j'aurais trouvé ça agréable de nous traduire les termes nigérians/igbos mais c'est un petit détail.
6.5/10.