Annabel
7.5
Annabel

livre de Kathleen Winter ()

Annabel est bien plus qu'un livre sur l'hermaphrodisme.

A travers l'histoire de Wayne, on va au-delà de la quête identitaire. Le garçon a toujours senti quelque part qu'il était différent sans vraiment y mettre le doigt dessus. Quand il apprend la vérité sur sa naissance, on n'assiste pas à un bouleversement. Kathleen Winter est bien plus subtile : Wayne peut enfin mettre un nom sur cette différence, l'accepte et fait en sorte de compiler ces deux parties de lui-même.


Loin de se focaliser sur Wayne, l'auteure nous emmène à la rencontre d'autres personnages, nous dressant un petit monde dans lequel tout le monde cherche sa place. Le papa, Treadway, loup solitaire, empêtré dans ses sentiments et aspirant à la liberté, nous touche. On a envie de le libérer, de le laisser retourner sur sa ligne de trappe tout en lui en voulant de ne pas mieux s'en sortir avec son fils. Jacinta, la maman, nous invite à sa table, pour l'écouter. Aimant autant sa fille que son fils, elle est contrainte de n'accepter que l'un des deux. Alors elle fait comme elle peut pour combler ce manque. Et Thomasina, la voisine, la copine, la confidente, la pragmatique. Elle accepte la différence, suit la vie de Wayne de près et de loin, et recolle les morceaux.
Chacun d'entre eux m'a touché et transporté dans son monde. Les portraits sont minutieux, complets et complexes. A aucun moment Kathleen Winter ne tombe dans la facilité.


Tout au long de l'ouvrage, elle évite les situations attendues. Elle nous emmène subtilement à suivre la vie du garçon et de son entourage. Les relations entre les personnages sont fines et intelligentes. Le décor, la région du Labrador au Canada, est décrit avec force de détails, nous donnant l'envie d'y aller. C'est aussi, cette dimension du livre qui m'a beaucoup plu. On plonge dans un environnement méconnu où les hommes partent pendant de longues semaines sur le leurs lignes de trappe, laissant femmes et enfants seuls dans des maisons isolées. La nature est comme un quatrième personnage, imposante, réconfortante et plus que présente.


Petit bémol pour la dernière partie du livre qui m'a laissé les fesses entre deux chaises. D'un côté, elle s'inscrit parfaitement dans l'histoire. Pourtant, je n'ai pas tout aimé dans ce passage. Peut-être parce qu'on sort de ce microcosme isolé dans lequel on s'était confortablement installé.


Qu'importe, Annabel reste un très beau livre. Fin, intelligent et poétique, il entre dans la catégorie des petits bijoux : on le garde précieusement dans sa bibliothèque pour le relire et le prêter, non pas à tout le monde, mais à une personne en particulier.

Chavia
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le 26 mai 2016

Critique lue 263 fois

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