D'autres mondes ont été possibles, pourquoi ne le seraint-ils plus ?

Une indispensable et salutaire remise en perspective de l'évolution des civilisations. Graeber et Wengrow prennent le postulat que l'humanité que l'humanité ne peut évoluer dans un seul sens, celui de la complexification qui nous mène des chasseurs cueilleurs égalitaires à des états bureaucratiques inégalitaires ; et le démontent patiemment, avec de multiples références archéologiques et anthropologiques. Partant de l'opposition entre le bon sauvage de Rousseau et de l'état de nature hostile de Hobbes, les auteurs montrent que les sociétés ont été organisées de multiples façons, et ont évolué dans de multiples directions, à travers toute l'histoire de l'humanité, sauf, apparemment, aujourd'hui, où nous nous retrouvons bloqués dans une organisation que nous pensons indépassable. Rien ne l'est.


La plupart des grands clichés sur la civilisation y passent : l'agriculture suppose-t-elle forcément une société organisée et hiérarchique ? Non. La création des villes est-elle allée de pair avec la bureaucratie sans doute pourtant nécessaire pour les gérer ? Non plus. Une société complexe peut-elle exister sans qu'une superstructure s'arroge le monopole de la violence ? Oui.


L'ouvrage est protéiforme et avance des arguments multiples couvrant bien des aspects de la vie en société, mais le principal apport est celui-ci : contrairement à la doxa dominante, il est possible de vivre dans des sociétés complexes et organisées qui ne sont pas des états souverains capitalistes.


Les auteurs distinguent également 3 libertés fondamentales qui ne sont pas celles des états modernes : la liberté de partir s'installer ailleurs, la liberté d'ignorer les ordres / de désobéir, et enfin la liberté de créer de nouvelles formes sociales. La première suppose de pouvoir être accueilli ailleurs, et le devoir d'hospitalité a longtemps été sacré dans de nombreuses sociétés (chez les indigènes d'Amérique du Nord comme chez les Grecs antiques). Il ne l'est plus aujourd'hui, et de la fin de cette première liberté découle souvent la fin des deux autres.


L'ouvrage est, forcément, orienté, et certains arguments avancés sont moins percutants. Ensuite, à moins de vérifier chaque source, on en peut vérifier tous les faits présentés, comme dans chaque essai. Mais cela n'importe pas tant il est bon se de rappeler que la créativité humaine est illimitée, dans l'organisation des sociétés comme ailleurs, et qu'il n'appartient qu'à nous de construire de nouveaux possibles.


elmomo
8
Écrit par

Créée

le 10 août 2025

Critique lue 20 fois

elmomo

Écrit par

Critique lue 20 fois

D'autres avis sur Au commencement était...

Au commencement était...

Au commencement était...

5

NicoLupus

11 critiques

A la fin de Graeber il y a...

Si vous saviez depuis combien de temps on me conseille David Graeber… Cet intellectuel, tour à tour présenté comme historien, ou économiste, ou anthropologue, était une figure de proue des penseurs...

le 4 mars 2022

Au commencement était...

Au commencement était...

7

P_A_N

11 critiques

Notes de lecture

La bonne question n’est pas de savoir si à l’origine les sociétés étaient égalitaires ou non mais pourquoi semblons-nous aujourd’hui bloqués ?Premières sociétés ni égalitaires (Rousseau) ni...

le 14 mai 2023

Au commencement était...

Au commencement était...

8

BlackHornet

147 critiques

Rousseau et Hobbs sur le grill

Lire un livre de plus de 600 pages de réflexions, d'enquêtes et d'ethnologie n'est pas l'activité la plus luxuriante à laquelle on puisse penser. Et ce n'est pas la réflexion générale de mes proches...

le 25 févr. 2024

Du même critique

Deux hommes en colère - Paf & Hencule, tome 2

Deux hommes en colère - Paf & Hencule, tome 2

9

elmomo

36 critiques

On ne pensait pas qu'ils puissent faire pire, et bien si.

Retour réussi. Encore plus dégueulasse, plus raciste, plus misogyne, plus facile aussi parfois, mais toujours un énorme bonheur pour les amateurs du 4ème degré et de l'humour tellement noir qu'il en...

le 8 déc. 2014

Crusader Kings II

Crusader Kings II

9

elmomo

36 critiques

Non, ma Dynastie est plus puissante que la tienne !

Un jeu terriblement chronophage qui se paie le luxe du syndrome "allez, un tour de plus" en étant en temps réel. Addictif, bien suivi par Paradox à l'écoute de la communauté, c'est un véritable...

le 15 nov. 2012

Noces sacrilèges - Sang royal, tome 1

Noces sacrilèges - Sang royal, tome 1

7

elmomo

36 critiques

Jodorowski nous fait du Shakespeare ?

Notons tout d'abord le graphisme, souvent beau mais un peu froid (bien que ce soit sans doute volontaire) de Liu, exacerbé lors de (trop rares) scènes de bataille, et penchons nous sur le récit et...

le 29 juin 2011