Avis de tempête est un essai qui mélange théorie et polémique. Andreas Malm cherche clairement à se positionner contre les conceptions de certains courants supposément critiques, des conceptions sur lesquelles il tire à boulet rouge, loin de toute politesse feutrée et donc hypocrite souvent d'usage dans ce milieu-là.
Tour à tour, certains courants de pensées contemporains qui traitent des concepts de nature et de culture sont critiqués voire ridiculisés, et cette humiliation en règle a le mérite de provenir de l'argumentation de Malm (et non de simples insultes) qui démontre tout le ridicule de ces conceptualisations lorsqu'elles sont ramenés à ce qu'elles disent et impliquent réellement et concrètement.
Par exemple, concernant les logorrhées conceptuelles des intellectuels post-modernes (ce concept polémique leur sied à merveille) qui cherchent à démontrer que la nature n'existerait pas en ceci qu'elle serait affaire de pure construction / perception de l'humain, elles sont ramenées à des constats très concrets par Malm qui tire les conséquences évidentes de telles conceptions : comment penser le dérèglement climatique si la nature n'existe pas ? Comment penser un "dérèglement" de quelque chose qui n'est pas censé exister (puisque le climat relève a priori de la nature) pour ces penseurs ?
L'auteur s'attaque également aux courants de pensée qui - sûrement par volonté d'inverser le pensée occidentale qui serait unilatéralement liée à la domination de la nature telle qu'elle serait théorisée par Descartes (cliché éculé de la pensée post-moderne) - cherchent à donner un rôle actif à la nature dans l'histoire, afin de brouiller la distinction entre une nature vue comme passive et une culture vue comme active. Or, il faut bien convenir comme le démontre Malm en partant d'un tableau qui évoque la découverte de gisements de charbons sur une île, que ces gisements de charbons n'ont eu aucun rôle actif en tant que tel, mais que ce sont bien les humains qui en ont "fait" quelque chose. Si la nature a bien évidemment des effets gigantesques sur les cultures humaines (Bernard Lahire le rappelle très justement dans Les structures fondamentales des sociétés humaines), il ne faut pas non plus brouiller les choses en laissant penser que la nature aurait une forme d'intentionnalité et qu'elle serait "active" dans ce sens précis, ce que semblent faire certains intellectuels des plus réputés...
Enfin, l'auteur s'attaque au grand Bruno Latour, apparemment un des auteurs en SHS les plus cités au monde (et j'espère que parmi toutes ces citations se trouvent beaucoup de trash talk à son égard), auteur que je ne connaissais à peu près que nom avant de lire ce livre. Et il faut bien dire que ce Bruno Latour a l'air d'être une sacrée fraude intellectuelle, un théologien qui a commencé par faire de la sociologie des sciences (ce qui, déjà, devrait être un sacré red flag comme disent les jeunes : n'est-ce pas là la vieille critique religieuse de la science sortie par la porte de la modernité qui reviendrait par la fenêtre de la post-modernité ?), et qui a fini par passer pour le penseur écolo du siècle alors qu'en réalité, 95% des gens ne pigent rien à sa pensée, ce qui est bien normal puisque celle-ci ne semble pas être faite pour être comprise, si l'on en croit les citations de Latour qui se trouvent dans ce livre et qui semblent tirées d'une parodie sur les intellectuels qui déblatèrent des phrases qui ne veulent rien dire. Paraît-il que ce Bruno Latour se serait déjà fait humilié en règle dans le livre Impostures Intellectuelles (1997), mais malgré cela, presque 30 ans après, il reste une référence pour tout un tas de gens qui pensent que ce chrétien centriste était un grand radical de l'écologie. A cet égard, je recommande la lecture de l'article du camarade Daniel Tanuro sur Latour qui est disponible sur le site Contretemps. Ce Latour semble, à mon avis, être plutôt un expert pour se créer des faux problèmes puis pour les résoudre en apportant ses propres solutions fumeuses.
Contre toutes ces conceptions, Malm défend une approche dialectique et réaliste de la nature et de la culture, une approche finalement logique quand on s'intéresse au sujet du dérèglement climatique d'un point de vue marxiste et réellement matérialiste.
Le défaut de ce livre (qui n'en est pas vraiment un) est, qu'à moins d'avoir lu par ailleurs les auteurs et autrices qu'il critique, il ne donne naturellement que peu envie de faire le contradictoire en allant les lire directement afin de se faire un avis plus précis.