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le 11 janv. 2021
Suivrebeau et poétique
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Il m’aura fallu deux longs mois pour venir à bout de Betty. Pas simplement parce que c’est un joli pavé de 700 pages mais également parce que Betty n’était probablement pas fait pour moi.
Dès les premières pages, je me suis rendu compte du cocktail très particulier que Tiffany McDaniel allait proposer : douceur et violence ne vont cesser de s’alterner et s’intriquer pendant tout le livre. Pour ma part je crois avoir plutôt ressenti un lourd mélange de mièvrerie et de trash. Ainsi, la douceur ressort principalement de la relation entre Betty et son père, et des nombreuses histoires tirées de récits Cherokee que raconte le vieil Indien à sa fille. Si de prime abord, toutes ces légendes émerveillent et rafraichissent le récit, leur trop grande quantité fait basculer ces petits moments de respiration dans une mièvrerie sans nom pour moi.
De la même manière, la violence incessante qui inonde chaque chapitre aurait gagné à être un peu moins présente. Les morts et les agressions sexuelles défilent à un point où un pattern un peu répétitif se dessine pour le lecteur. Sous couvert d’une soi-disante malédiction de famille, j’ai eu presque l’impression que ce déluge de violence était une surenchère permanente (le bébé de Flossie sur les rails, toujours plus…) et parfois juste là pour choquer. Et c’est vraiment dommage car certaines scènes sont vraiment saisissantes notamment au début (je pense notamment à la tentative de suicide de la mère). Comme l’eau et l’huile, j’ai ainsi trouvé que cette douceur et cette violence ne se mariaient pas. On a ni le plaisir de la douce tranche de vie ni celui de la violence d’un bon thriller.
L’autre grand problème de Betty pour moi aura été son manque de fil rouge. 700 pages avec pour seuls leitmotivs, le temps qui passe, les enfants qui grandissent, et les décès qui s’accumulent, ça ne m’a pas suffi pour m’accrocher. J’ai d’abord été plutôt charmé par ce rythme à la fois lent et bien travaillé, mais dès l’arrivée de la famille dans leur nouvelle maison, le livre ralentit et ne redémarrera plus jamais. Et ce ne sont pas les maigres interludes sur les coups de fusil tirés dans le village qui suffiront à apporter une intrigue au récit (la révélation du tireur fait d’ailleurs un peu pshitt dans les dernières pages).
Enfin, les personnages m’ont fait sortir du roman à plusieurs reprises pour tout un tas de raisons. D’abord, j’ai toujours eu du mal à accepter que des enfants de quelques années puissent sortir des tirades philosophiques ultra élaborées (je repense au petit garçon de La vie devant soi de Romain Gary par exemple). Chaque enfant de la famille de Betty semble être un prix Goncourt à chaque prise de parole, et empêche ainsi une certaine tangibilité à ces personnages. D’autres sont vraiment des symboles de méchanceté sans aucune nuance : on pense bien évidemment à Leland le grand frère ou même à Ruthis la petite peste de l’école, qui rappelle les pire pimbèches des séries Disney Channel des années 90. Et d’autres habitants du village versent carrément dans le fantastique, faisant perdre du réalisme à l’histoire. Je pense notamment à la voisine qui porte constamment un masque ou encore à la vieille femme qui disparaît après avoir sauvé la chouette.
Mais étonnamment malgré tous les défauts que je viens de citer, et le peu de plaisir que j’ai pris à ma lecture, je trouve que Betty est loin d’être un mauvais livre. Je comprends qu’on se laisse emporter par la poésie des envolées du père, la rage de vivre de Betty, les caractères bien trempées de chaque personnage de la famille Lindon… Certains passages très puissants (l’enfance terrible de la mère de Betty) m’auront quand même marqué. Mais simplement, je crois que Betty n’était pas pour moi. C’est pas grave, ça me rend tout de même heureux qu’il plaise à d’autres, et qu’il ait eu autant de succès.
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Créée
le 15 juil. 2026
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le 11 janv. 2021
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