En lisant Beyrouth Forever, j'ai eu le sentiment de plonger dans une ville autant qu'à l'intérieur d'un roman. David Hury ne se contente pas de raconter une enquête : il recompose la respiration d'un pays, ses cicatrices, ses contradictions.
J'ai suivi Marwan Khalil, policier fatigué, ancien milicien, avec un certain détachement au départ. Son cynisme, souvent teinté d'ironie, traduit bien la lassitude d'un homme qui n'attend plus grand-chose. Il observe, commente, désamorce tout par l'humour noir, et cela donne au récit une tonalité désabusée mais juste. À ses côtés, la jeune Ibtissam apporte une énergie différente, plus idéaliste, qui vient équilibrer la noirceur ambiante. Leur relation m'a semblé être l'un des aspects les plus intéressants du roman.
L'écriture de David Hury est très précise, parfois presque trop journalistique. On sent l'oeil du reporter derrière chaque description, chaque détour par l'histoire politique du Liban. Cette approche donne une profondeur réelle au texte, mais elle ralentit parfois le rythme du polar. Certains passages, très documentés, m'ont paru détourner l'attention de l'intrigue principale. J'ai eu l'impression que la volonté d'expliquer Beyrouth prenait parfois le pas sur la fiction.
Malgré cela, j'ai apprécié la sincérité du propos. Rien n'est forcé ni artificiel : le roman assume sa densité, son ancrage dans le réel, et sa mélancolie. C'est un texte exigeant, plus proche du témoignage que du simple divertissement, mais qui offre une vision nuancée et profonde du Liban contemporain.
Beyrouth Forever m'a laissé une impression de gravité calme, comme si, au-delà du crime, ce qui comptait vraiment était la survie d'une ville et la mémoire de ceux qui continuent à y croire.