Bios
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Bios

livre de Robert Charles Wilson (1999)

En 2006, R. C. Wilson confiait à Thomas Day, lors d'une interview pour le n° 45 de la revue Bifrost :

« Si je me suis lancé dans BIOS, c'est en partie pour me prouver que j'étais capable d'écrire un type de S-F avec lequel on ne m'associe pas forcément : un futur lointain, de la hard science, de l'aventure planétaire, autant de terrains de jeu dont aucun d'entre nous n'est exclu. »

Donc, BIOS, pour filer la métaphore, ce serait quelque chose comme Thierry Henry infiltré dans un France-Angleterre, qui aplatit deux essais dans les dix premières minutes.

Sec, nerveux et percutant, le neuvième roman de Wilson laisse en général son lecteur béat et étourdi : on l'achève à une heure avancée de la nuit sans avoir pu s'arrêter, on a lu certaines pages sans presque respirer, d'autres tétanisé, et l'épilogue est venu comme une libération un peu mélancolique. Car Wilson peut se vanter d'écrire des page turners redoutables sans s'en tenir à la simple efficacité du faiseur. Il y a dans tous ses romans du souffle, certes, mais aussi des respirations, des pauses, des soupirs liés à une introspection d'un personnage ou à l'expression d'une fascination, d'un émerveillement. À ces endroits, Wilson fait souvent preuve d'un certain lyrisme, qui pare son écriture d'une saveur inédite ; ainsi : « Nous ne naissons pas avec une âme, pensa Zoé, elle nous envahit de l'extérieur, elle nous fabrique d'ombre et de lumière, de midi et de minuit » (p. 207).

Passionné par la mécanique et l'esthétique de la catastrophe, climatique (Le Vaisseau des voyageurs), technologique (Blind Lake), cosmique (Spin), il met en scène dans BIOS des explorateurs humains qui paient cher de ne pas prendre la mesure de l'incroyable agressivité de l'écosystème de la planète Isis. Grand créateur d'extraterrestres et d'entités transcendantales, il aime à dépeindre dans ses romans la fascination provoquée chez Homo Sapiens par la part irréductible d'inconnaissable, d'inaccessible et d'étrangeté d'un organisme et d'une intelligence non-humaines. Il parvient, comme rarement dans la S-F, à faire ressentir à son lecteur l'alterité, physique et mentale, d'un extraterrestre. Le « mineur » de BIOS, surnommé Grand-Père en est un parfait exemple ; il préfigure le Homard, personnage non-humain au centre de Blind Lake, un roman postérieur.

Planet opera dont la pastoralité rappelle celle de Clifford D. Simak, récit hard scientifique haletant d'un naufrage, BIOS est surtout, au-delà des étiquettes, au-delà du genre, un roman doux-amer sur les multiples limites et les barrières auxquelles chacun de nous doit se confronter, et les drames intimes et les accomplissements provoqués par leur acceptation ou leur dépassement. Il est dominé par la magnifique figure de Zoé Fisher, femme-objet génétiquement modifiée qui n'aura de cesse d'obtenir sa liberté en étanchant sa soif de l'Autre, que ce soit le contact avec la nature létale de la planète Isis, le directeur biologiste Tam Hayes ou elle-même possédée de pulsions trop humaines.
Présenté par lui-même comme un projet un peu à part dans sa bibliographie, BIOS n'en est pas moins une introduction idéale au reste de l'oeuvre de Robert Charles Wilson.
LouisCanard
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le 18 janv. 2011

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