Un roman d'Alexandre Dumas qui n'avait pas été réédité depuis sa sortie en 1858 ! Une aubaine ! En le lisant, je me suis demandé pourquoi diable on s'était passé de ce roman protéiforme pendant si longtemps. Quelle bonne idée que de nous le reproposer, dans cette jolie édition soignée, assortie d'une postface inattendue, rapprochant Dumas et Gotlib, il fallait oser, et de superbes gravures d'époque ! Il s'agit d'une sort d'anti-Les trois mousquetaires mené de main de maître, comme si Dumas avait voulu prendre son exact contre-pied, histoire de rigoler un peu. Et, de fait, on se marre pas mal aussi, dans ces aventures rocambolesques, même si le ton n'est pas le même quand dans celles de D'Artagnan. C'est que le héros, le chevalier de la Graverie, a tout de l'anti-héros, ce qui rend l'histoire de son mûrissement, voire de sa naissance à lui-même, particulièrement touchante. Il est moyennement attirant, pour ne pas dire assez laid, plutôt pleutre, naïf au point d'en sembler benêt parfois, mollasson, conformiste, timoré et peu encombré de grands principes au moment d'assouvir ses pulsions coupables. Bref, voilà un compagnon de voyage particulièrement intéressant ! D'autant qu'il lui en arrive, encore et encore, des vertes et des pas mûres, de tous les styles, dont il ressort momentanément défait et essoré. C'est là qu'il mérite toute notre attention, parce que Dumas, aux manettes, l'a attiré jusque là juste pour le soumettre à une cuisson de l'âme à haute température, histoire de voir si des fois elle ne recèlerait pas un diamant... Je n'en dis pas plus, en espérant vous avoir donné envie de faire connaissance avec ce chevalier d'abord bien peu chevaleresque, et de son chien qui navigue toujours un peu entre deux mondes, vous verrez pourquoi. Mais c'est palpitant, drôle, roboratif, foisonnant, enlevé, profond et bien écrit, il faudrait être exigeant pour ne pas s'y plonger tête la première !