Cette "critique" concerne uniquement la nouvelle L'excursion, qui me fascine, me perturbe, me fait réfléchir. (La note, elle, concerne le recueil, mais elle est temporaire car je n'ai pas encore lu tous les textes).
À vrai dire, ce n'est pas une critique, mais plutôt une réflexion que j'aimerais partager, une interprétation personnelle ; une analyse de ma réaction au texte. Après tout, n'est-ce pas la vocation de l'art, que d'y réagir tous différemment ? La vocation de la littérature, que d'interpréter un texte d'une façon que l'auteur n'aurait jamais imaginée ?
L'excursion est une nouvelle d'anticipation/ science-fiction, se déroulant trois cents ans dans le futur. Outre un message vraisemblablement écologique parlant de pétrole, d'eau, de pollution et de déchets nucléaires, L'excursion est avant tout l'histoire de l'invention de la téléportation, et de son évolution ainsi que sa banalisation, rendant les voyages sur Mars ou Jupiter tout à fait courants. C'est un grand texte de science-fiction que nous signe Stephen King, et je lui vois des qualités de réflexion presque philosophiques. Laissez-moi m'expliquer.
La mort - l'inconnu - peut être terrifiante. Qu'y a-t-il après ? J'ai souvent réfléchi à la question, souvent abordé le thème avec d'autres gens, et deux idées finissent toujours par s'opposer lors de ces débats: soit on disparaît à jamais ; soit on continue de vivre à jamais, d'une façon ou d'une autre. Si la première est terrifiante - l'idée d'être annihilé comme si on n'avait jamais existé, de ne plus jamais être capable de faire ou penser quoi que ce soit - l'autre possibilité l'est également. Si le néant est horrible, l'éternité l'est tout autant. Imaginez demeurer en ce monde pour toujours, sans jamais, jamais, avoir le repos : être condamné à vivre, à souffrir, jusqu'à la fin des temps. C'est une torture. Et Stephen King parvient à rassembler ces deux idées terrifiantes, le néant et l'éternité, en une.
C'est l'éternité là-dedans.
Dans L'excursion, la téléportation doit toujours se faire en étant endormi, car lorsqu'on est téléporté éveillé, on en revient mort, ou, au mieux, mourant et fou. Grâce à certains témoignages, on sait que cela est dû au fait que les gens éveillés traversent une éternité avant d'atteindre destination. Si le corps voyage en bien moins de 0,1 secondes, l'esprit, lui, fait le voyage en cent, mille, un million, un milliard d'années ?
C'est plus long que tu crois, papa!
Non, pour l'éternité. Peut-être, qui sait, jusqu'à ce que l'univers soit anéanti, allez savoir comment. Peut-être plus longtemps. Toute cette attente, pour finalement revenir un instant dans son corps, "brutal retour de la lumière, de la forme et du corps", pour mourir. Ainsi, après une éternité de souffrances, à exister à jamais sans ne rien pouvoir faire et sans réellement vivre, seul avec ses pensées, à devenir fou en sentant son esprit "se dévorer lui-même dans un acte impensable de cannibalisme", on revient pour mourir. C'est finalement une confrontation au néant, au rien, à la disparition complète et à jamais (pour les athées, agnostiques etc. du moins), sans vraiment pouvoir dire qu'on a vécu, car cette éternité passée seul avec ses pensées est sans doute pire que la mort. Le néant succède à l'éternité.
Voilà ce qui en fait, selon moi, le texte le plus terrifiant de Stephen king. Le seul à avoir réussi, un peu comme le fait si bien Lovecraft, à me glacer le sang. En plus d'être magnifiquement écrit. 8.5/10