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Impasse du Travail
J'ai éprouvé une jubilation intense à lire un livre à propos du travail qui fasse l'économie de la morale à deux balles que nous infligent quotidiennement à ce sujet nos "élites" via leurs médias...
le 6 nov. 2022
Découvrant D.Graeber sur le tard et lisant sa bibliographie dans le désordre, je ne peux que regretter que la majeure partie de sa réflexion ne soit disponible qu'après mes -lointains- cours de SES puis de macroéconomie. Je connais un étudiant qui aurait particulièrement apprécié de déconstruire les poncifs libéraux sur la nécessité de lutter contre le chômage quoiqu'il en coûte sans s'arrêter un tant soit peu sur type de travail que nous créons dans nos sociétés.
Sans que le rédacteur de cette critique en dise trop sur lui-même, je me permets ceci: même sans une décennie de carrière dans le tertiaire derrière moi, D.Graeber a synthétisé beaucoup de mes propres pensées ou réflexions sur la vacuité du monde du travail. Tout le monde ici peut partager des conclusions similaires. Des travailleurs de métiers essentiels aux parasites sociaux dont la disparition soudaine (en tant qu'employé) ne changerait rien sur la surface de cette Terre.
Et c'est là le magnifique paradoxe de notre humanité : le modèle dans lequel nous vivons est absurde, le but recherché est grotesque et les moyens sont iniques mais pour le meilleur et pour le pire (surtout pour le pire), personne n'envisage sérieusement de changer les règles du jeu avant qu'il ne soit trop tard.
En tant que bon citoyen français, anciennement étudiant, combien de fois n'avons-nous étendu que les études longes, le diplôme, l'investissement dans notre carrière étaient le passeport pour nous réaliser ? Parmi nous, combien serions-nous à témoigner comme ceux rapportés dans le recueil ? Une hiérarchie pléthorique, des process à n'en plus finir, tous les open spaces atteints de réunionnite aigüe, j'en passe et des pires. Et ne parlons même pas de la différence de salaire odieuse entre les parasites du secteur financier et les profs, on en deviendrait vulgaire...
Evidemment, on ne peut pas parler travail sans parler politique. D.Graeber ne peut pas y échapper même si on comprend sa volonté de ne pas trop se mouiller. C'est à dessein que la société occupe les gens, même dans des boulots vides de sens. Sinon, ils vont faire quoi ces gens ? S'amuser, vivre, réfléchir ? Mais non ma bonne dame, non, non, non. Et puis quoi encore ? Ils vont finir par demander des droits, ces cons.
D.Graeber permet de mettre bout à bout dans une même analyse beaucoup de notions et de parties du problème, autrefois isolée. La conclusion semble en revanche assez claire : les bullshit jobs sont là, nombreux et sont partie pour durer. Les témoignages, présents ici et là, servent à ancrer dans le concret les réflexions anthropologiques, prouvant au passage que tous les secteurs sont touchés et tous les échelons impactés.
Sur une note plus personnelle, j'apprécie aussi la distinction entre la secteur des services (tertiaire pur donc) et le secteur financier et assurantiel (quaternaire donc) permettant -enfin- de purger les activités parasitaires injustement désignées comme services.
Soyons clair : un tel livre ne peut s'apprécier qu'à l'aune d'une réflexion sur la légitimité du Capital à écraser toute la société et à créer une boucle perpétuelle de boulots inutiles pour distraire les bonnes gens suffisamment pour ne pas être inquiété.
Ces boulot inutiles ne sont pas inutiles, ce n'est juste pas notre intérêt qu'ils servent.
Créée
le 11 mars 2025
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