Présentée comme l'une des œuvres les plus cultes et adulées de Stephen King, Ça est parue en 1986 aux États-Unis, puis 2 ans plus tard en France.
Initialement publié en 2 tomes, le roman prend place dans la ville fictive de Derry, située dans l'Etat du Maine. L'intrigue se déroule principalement sur 2 périodes : l'été 1958 et le printemps 1985. Plusieurs intermèdes, présents au fil du roman, narrent des événements plus anciens. On suit sur les 2 temporalités principales 7 personnages (âgés de 11 ans en 1958 et de 38 ans en 1985), dans leur combat contre une entité maléfique nommée " Ça ", se terrant sous la ville et se manifestant tous les 27 ans pendant 1 an et demi par une série de meurtres d'enfants particulièrement violents. Apparaissant essentiellement sous la forme d'un clown, celle-ci peut également prendre l'apparence des pires cauchemars de ses cibles, essentiellement des enfants.
J'ai découvert cette oeuvre en 2010, intrigué par les témoignages de mon entourage sur la peur des clowns, causée par l'adaptation télévisuelle de 1990. Adaptation que je n'avais pas non plus encore eu l'occasion de découvrir à l'époque...
Grand fan de Stephen King, j'attendais beaucoup de ce roman, présenté par les critiques comme un chef-d'œuvre. Verdict ?
Loin de l'engouement quasi-unanime de la presse comme des lecteurs, j'ai détesté ce roman, que je qualifierais de TORTURE et d'ENNUI ABSOLU.
Tout d'abord, le roman est LONG, TRES LONG. Les 2 tomes assemblés font près de 1500 pages... Ajoutez à cela le caractère ultra descriptif de l'œuvre, des dialogues d'une longueur interminable et pas foncièrement intéressants, un rythme assez plat et des péripéties plutôt limitées, on se retrouve vite habité par un sentiment d'ennui abyssal.
Deuxième problème : le MANQUE de SUSPENSE. Malgré quelques épisodes où l'on va trembler (comme celui de la Bibliothèque mettant face-à-face Mike Hanlon et Henry Bowers), le suspense se retrouve très réduit, en raison de la narration de l'œuvre, alternant les 2 époques. En commençant l'histoire par ce que sont devenus les personnages en 1985, on peut difficilement trembler pour eux quand ils sont enfants...
Troisième problème : une NARRATION TROP RÉPÉTÉE entre les 2 époques. Meurtre en 1957 / Meurtre en 1985, Que sont devenus (1 à 1) les 6 personnages adultes du Club des Ratés ayant quitté Derry ? / Comment chaque enfant des Ratés (1 à 1) a rencontré Ça pour la première fois ? / Comment (1 à 1) chacun va retrouver Ça en revenant à Derry adulte ? et enfin, Comment les Ratés ont affronté Ça dans les égouts enfants ? / Comment les Ratés ont affronté Ça dans les égouts adultes ? En résumé, ce style de narration COPIER / COLLER est CHIANT et CHRONOPHAGE.
Autre élément négatif : L'ABSENCE de CHARISME des PERSONNAGES. Bien que ces derniers puissent ponctuellement nous intéresser (je pense à Ben enfant par ses connaissances pour construire le barrage, Beverly adulte lorsqu'elle se rebelle face à son mari violent, ou Mike adulte par ses recherches historiques sur la ville de Derry), ils restent tous essentiellement plats et peu enclins à nous faire ressentir de l'attachement pour eux. Pourtant présenté comme le leader du groupe adulé des 6 autres, Bill Denbrough a pour moi le charisme d'une huitre. Richie Tozier passe son temps à débiter des blagues pas drôles un seul instant. Eddie est systématiquement scotché à son inhalateur, Stanley est un figurant dont l'un des rares dialogues est de réciter des noms d'oiseaux pour repousser Ça. Oui, ils ne s'appellent pas les Ratés pour rien, et leur passif sert l'intrigue. Mais qu'ils sont ENNUYEUX !
Parlons maintenant du RYTME INEGAL de la narration et de l'EPARPILLEMENT des éléments d'intrigue, cassant ainsi la fluidité de l'œuvre.
D'un côté, certains chapitres (souvent descriptifs ou historiques) s'éternisent, quand dans le même temps certains moments d'action ou d'affrontement sont expédiés en quelques pages (arrivée des 3 " invités " à Derry, affrontements Mike / Henry puis Eddy / Henry, sauvetage à distance de Mike à l'hôpital...). De la même manière, le livre s'éparpille tellement (allant par exemple nous raconter toute l'histoire en détails de personnages ultra secondaires) que l'on finit par perdre de vue les choses essentielles, telles que le RITUEL de CHÜD, point central de l'affrontement.
Idée captivante, le RITUEL DE CHUD aurait été bien mieux exploité, s'il ne s'était pas trouvé entouré de tonnes d'informations inutiles en tous genres.
Même l'entité maléfique que représente Ça n'est pas suffisamment aboutie, malgré un historique digne d'une encyclopédie. En gagnant en précision et en clarté, les exemples cités auraient été bien plus impactants dans la réflexion sur le MAL. Quant à la TORTUE, censée symboliser le BIEN et protéger nos héros, son rôle se limite à de la figuration voire à un caméo, là où l'attend au centre de l'Affrontement.
Et enfin, comment ne pas mentionner CETTE SCENE, qui n'a visiblement pas choqué grand monde ? Je parle bien entendu, excusez moi du terme mais je n'en vois pas d'autres, de " l'ORGIE ENFANTINE ". Dans cette fameuse scène, nos 7 enfants (1 fille et 6 garçons tous âgés de 11 ans) se retrouvent perdus dans les égouts et désemparés, après avoir vaincu ÇA. Beverly a alors THE IDEA : coucher successivement avec les 6 garçons au milieu de la crasse et de l'humidité, afin de ressouder leurs liens et donner à chacun la force de s'en sortir... Je n'ose imaginer les réactions, si ce roman était sorti à notre époque... S'il est depuis sobre, Stephen King a eu de son propre aveu un lourd passif de toxico. Difficile de ne pas en voir l'illustration à la lecture de cette scène...
En conclusion, je qualifierai ÇA de véritable gâchis, tant son potentiel était énorme : cadre historique, décor rural, réflexion sur l'enfance de l'époque, questionnements sur le BIEN et le MAL...
En réduisant sa taille d'au moins de moitié, en se débarrassant de tous les éléments superflus de l'oeuvre, en travaillant un peu mieux les personnages, le résultat aurait pu être tout autre.
Le roman étant considéré comme un chef-d'œuvre par de très nombreux lecteurs, j'assume mon avis à contre courant et clame haut et fort l'avoir DETESTE, bien que Stephen King demeure toujours l'un de mes auteurs favoris