Je ne serai probablement jamais pleinement satisfait par une adaptation de Ça au cinéma. Pourquoi ? Tout simplement parce que j’ai lu ce monument de la littérature fantastique. Et lorsque l’on a rencontré un livre à quinze ans, lorsque l’on a découvert la peur entre ses pages, il devient très difficile d’accepter qu’un autre imaginaire vienne se substituer au sien.
Stephen King est, pour moi, un grand écrivain. Il a énormément produit, peut-être même trop. Mais derrière cette œuvre considérable, il y a une véritable cohérence, une manière de raconter les histoires et surtout de faire naître des images dans l’esprit du lecteur.
Ça se déroule à Derry, dans le Maine. Le roman commence par un chapitre traumatisant : la mort d’un enfant. J’avais quinze ans lorsque je l’ai découvert et, avec cette première séquence, j’ai véritablement appris ce que pouvait être la peur en littérature. King sait commencer ses livres. Il sait attraper son lecteur dès les premières pages et, après une telle entrée en matière, il devient presque impossible de refermer le livre.
Le roman joue constamment avec deux temporalités : celle de l’enfance et celle des adultes. Mais surtout, King ne nous donne pas toutes les réponses. Il suggère. Il effleure parfois un univers parallèle en quelques mots, laisse entrevoir quelque chose d’incompréhensible, puis se retire. Il ne montre pas tout. Et c’est précisément là que se trouve une grande partie de la puissance du roman.
Le lecteur imagine.
Et ce que l’on imagine peut être beaucoup plus terrifiant que ce qu’un cinéaste pourrait nous montrer.
Les personnages sont également remarquablement écrits. Qu’ils soient enfants ou adultes, ils possèdent une véritable épaisseur. Ils ont un passé, des blessures, des peurs, des contradictions. Ce ne sont pas simplement des personnages destinés à faire avancer l’intrigue : ce sont des êtres que l’on accompagne, auxquels on s’attache et dont on comprend progressivement les fêlures.
Ça est probablement le livre le plus terrifiant que j’ai lu. Mais c’est aussi, paradoxalement, une formidable leçon de vie. Derrière l’horreur, les monstres et les cauchemars, King parle de l’enfance, de la mémoire, de l’amitié, du passage à l’âge adulte et de ces blessures que l’on croit avoir oubliées mais qui continuent de nous habiter.
Voilà pourquoi je ne peux jamais être totalement satisfait par une adaptation.
J’aurais aimé que la période consacrée aux enfants dialogue véritablement avec celle des adultes, que les deux époques se répondent, se contaminent et se nourrissent l’une de l’autre. Pour moi, un film sur les enfants puis un film sur les adultes ne peuvent pas complètement restituer ce que le roman accomplit.
Alors je continue à relire Ça.
Parce que certains livres ne se contentent pas de raconter une histoire. Ils construisent en nous un monde que personne d’autre ne pourra jamais filmer exactement comme nous l’avons imaginé.