Il est des œuvres qui, telles des icônes, traversent les époques non pour s’y fondre mais pour les illuminer. Capitale de la douleur, suivi de L’Amour la poésie, est de celles-là. Livre sanctuaire, recueil ardent où l’amour se fait à la fois chant mystique et cri de révolte, procession et supplice. Chez Paul Éluard, la parole est à la fois le glaive et le baume.
Le surréalisme chez Éluard n’est jamais une lubie d’école : il est langue du miracle, lexique du songe éveillé. Les images jaillissent comme les vitraux d’une cathédrale en feu — lumineuses, héraldiques, scandaleusement vraies. « La terre est bleue comme une orange », dit-il, et l’on comprend tout, parce que tout ici est donné dans la nudité d’un cœur déchiré.
Il faut lire ce recueil comme on entre dans une église qu’on croyait perdue, un soir de solitude extrême : le silence s’y peuple soudain de voix, les voûtes s’élèvent à nouveau, et l’on croit — ne fût-ce qu’un instant — que l’amour peut sauver.
« J’ai fermé les yeux pour ne plus voir que toi. »