Comme toujours, j’ai été attiré par la couverture du roman; un peu moins par la quatrième de couverture qui tue tout suspense ( même si ce dernier est émoussé dés les premières pages). Cette couverture a eu tendance à m’influencer et à enfermer le récit dans un genre qu’il n’est pas ou peu.
Par exemple, j’avais dans l’idée que c’était un roman policier voir roman noir dans la même trempe que Mr Mercedes. La mention Bill Hodges y est certainement pour quelque chose mais pas que. D’autant que ce dernier n’apparait qu’à la 159ème page ( sur 426) .
C’est d’ailleurs ce qui m’a posé le plus de problème: le rythme, la chronologie de l’histoire. Le début se scinde en deux entre Morris Bellamy ( 1978) et Peter Saubers ( 2010). Le lecteur est ainsi baladé entre deux périodes. Pour ma part, j’aurai préféré commencer par Peter puis introduire Hodges; et là, hop retour en arrière avec le commencement de toute cette affaire.
Pourquoi? Parce que j’ai eu le sentiment que Stephen King grillait toutes ses bonnes cartes d’entrée de jeu. John Rothstein était selon moi son joker; j’aurai aimé être dans sa tête plus longtemps au lieu de celle de Morris. Bien sûr, je conçois qu’il n’y a aucun intérêt à reproduire Misery ( que je n’ai jamais réussi à lire au passage) car les enjeux sont ici différents mais quand même. Est-ce que la joute verbale entre les deux hommes n’aurait pas pu être plus longue et plus riche? Sans doute que oui. Sans doute que l’histoire aurait gagné en tension et émotion.
L’autre point qui m’a quelque peu titillé c’est ce besoin de relier Mr Mercedes à cette histoire. Après pourquoi pas d’autant qu’elle a apporté un contexte social et économique plutôt intéressant à la famille Saubers. Mais après, je me dis qu’il y avait plein de façon de le dire d’autant que le paternel travaillait dans l’immobilier. La crise des subprimes….. y avait de quoi faire et dire non?!
Dans l’ensemble, j’ai trouvé que Stephen King voulait trop en faire et que cela a tendance à aller dans tous les sens. Une rupture nette à mon avis aurait été nécessaire entre Carnets Noirs et Mr Mercedes. Il y arrive à certains moments notamment avec Peter Saubers. Un gamin qui fait tout pour retrouver sa famille, son foyer d’avant au mépris des risques et des dangers que constitue le monde adulte.
Il y a aussi cette volonté de décrire, de faire part de l’expérience d’un lecteur novice qui découvre pour la première fois de sa vie, son auteur préféré. Celui qui fait naitre devant ses yeux un monde et un héros à la hauteur de ses rêves et espérances; un monde dont il se sent le témoin privilégié. Une histoire qui le réconfortera, qui l’entourera pour ne plus le quitter; qu’il lui donnera l’impression pour une fois d’être à sa place, d’être entier aussi. Un foyer parfait; et quelque part, l’amour absolu. Mais, d’une façon ou d’une autre, la réalité finit toujours par nous rattraper comme pour Morris Bellamy.
A l’instar de Mr Mercedes, Stephen King nous montre une fois de plus et ce, à bien des égards, la perversité, la carence ou/et la défaillance des liens familiaux
. Des extrêmes qui conduisent des hommes comme MB à faire ce qu’ils font, à être ce qu’ils sont. Le récit demandait à être plus nerveux, plus classique aussi sans doute avec pourquoi pas un revirement de dernière minute plus marquant.