Cartel
8.3
Cartel

livre de Don Winslow (2015)

"There is nothing to do but be still"

Fait 1/ je lis somme toute raisonnablement peu
Fait 2/ je ne suis pas familier du tout avec l'oeuvre pourtant prolifique de Don Winslow
mais surtout Fait 3/ je peux vous affirmer en toute mauvaise foi tenir là son chef d'oeuvre, et un des livres majeurs des années '10. Rien que ça (et au minimum).


The Cartel s'ouvre dans la sérénité, comme un superbe trompe l’œil rédigé, car quand cette brève période de quiétude s'achève pour immédiatement basculer dans la tension, c'est pour 600 pages, jusqu'à un épilogue encore en état de choc post-traumatique.


Narrativement, The Cartel est la suite de La Griffe du Chien, que je ne connaissais pas, même pas de nom, et que je vais sans doute bientôt me procurer et m'enfiler tout aussi sec.
Winslow est un auteur qui sort énormément de livres, travaille souvent sur deux à la fois ("pour changer de projet quand je suis bloqué sur l'un"), mais là, c'est le résultat de six ans de recherches, c'est son grand-oeuvre, ce sera sans doute son testament littéraire.
Il navigue frénétiquement entre les pourris jusqu'à la moelle et les antihéros caractéristiques dans un narco-Mexique plus vrai que nature avec un rythme d'écriture presque jazzy, presque scandé, presque suppliant d'être lu à voix haute. C'est comme descendre aux Enfers en roulant à toute berzingue dans une Lamborghini, du free jazz à fond les vitres grandes ouvertes, en slalomant entre les bateliers du Styx qui prennent eux leur temps.
C'est le Sur la route du narco-terrorisme.
Le bouquin respire les crissements de pneus, les coups d’œil transpirants dans les rétros, les paysages défilant trop vite pour l’œil civil.


Le pessimisme est de mise, la seule rédemption n'a rien de cathartique mais n'est que sacrifice, parjure, refoulement.
Miles Davis disait pourquoi jouer toutes les notes, puisqu’il suffit de jouer les plus belles ?
Winslow les joue toutes, parce qu'un quelconque autre parti pris serait une entorse à la vérité.
C'est peut-être ça, la Beauté des Enfers.


Entrer dans le Cartel, c'est s'infliger une expérience au-delà d'une simple lecture. C'est se sentir irrésistiblement attiré par un diamant noir, de plus en plus noir, et ne pouvoir s'en détourner jusqu'à ce qu'il dérobe enfin, subitement, du papier.
A ce moment là, vraiment, there is nothing to do but be still.

lucasstagnette
9
Écrit par

Créée

le 7 oct. 2016

Critique lue 729 fois

Lucas Stagnette

Écrit par

Critique lue 729 fois

6

D'autres avis sur Cartel

Cartel

Cartel

9

lucasstagnette

133 critiques

"There is nothing to do but be still"

Fait 1/ je lis somme toute raisonnablement peu Fait 2/ je ne suis pas familier du tout avec l'oeuvre pourtant prolifique de Don Winslow mais surtout Fait 3/ je peux vous affirmer en toute mauvaise...

le 7 oct. 2016

Cartel

Cartel

7

alb

552 critiques

L'enfer c'est long

Suite directe de l'incroyable "griffe du chien", je n'ai pas pris autant de plaisir à lire ce roman que le précédent. Et ce n'est même pas parce qu'il est moins bon, car la description de l'horreur...

le 26 nov. 2019

Cartel

Cartel

8

Marcus31

564 critiques

La guerre contre les pauvres

Cartel, c'est vraiment la suite de la griffe du chien...après une pause de quelques années, avec Barrera en taule et Keller au monastère, ça redémarre en 2004 et les presque neuf cent pages du...

le 31 oct. 2018

Du même critique

Halloween, la nuit des masques

Halloween, la nuit des masques

5

lucasstagnette

133 critiques

See anything you like?

La nuit d' Halloween, dans une petite bourgade fictive des États-Unis ; Michael Myers tue sa sœur (en la surprenant à moitié à poil au passage, ce sale petit pervers). La justice n'est pas...

le 28 juil. 2011

Frenzy

Frenzy

8

lucasstagnette

133 critiques

If you can't make love, sell it. The respectable kind, of course. The married kind.

Premier film "Rated-R" du maître du suspense, Frenzy est un retour réussi pour un Hitchcock en fin de carrière à ses premières amours, le film noir et à suspense. Délaissant le politique (Le Rideau...

le 15 août 2011

Une femme sous influence

Une femme sous influence

9

lucasstagnette

133 critiques

Mabel is not crazy, she's unusual. She's not crazy, so don't say she's crazy.

Mabel Longhetti (Gena Rowlands) est une mère au foyer de trois enfants qui souffre de déviance du comportement en société ; et par société, comprenez tout le monde sauf son mari, Nick (Peter Falk),...

le 21 août 2011