En ouvrant les pages de ce roman de l'autrice espagnole Irene Vallejo, je m’attendais à quelque chose d’un peu ardu à lire, demandant une certaine érudition, mais il n’en est rien : la lecture est facile, fluide et accessible à tous. Nul besoin de connaître l'Enéide ou d'être féru de littérature classique pour apprécier cette belle lecture. Il suffit de savoir que Virgile est un auteur romain qui a écrit l’Éneide, grand poème épique que l’on peut comparer à l’Iliade et l’Odyssée d’Homère. Le reste est dans le livre.
On plonge avec plaisir dans ce roman choral en deux strates : au coeur, les voix d’Enée, d’Elissa (Didon) et d’Ana (la soeur de Didon) nous font vivre une histoire d’amour, de guerre et d’aventure (avec en bonus les clins d’oeil malicieux d’Eros, dieu de l’amour). A la circonférence, si l’on veut, c’est Virgile que l’on retrouve, errant dans les rues de Rome à la recherche de l’inspiration et se lamentant de l’attention trop pressante de l’empereur Auguste. Petit à petit, les deux strates se rapprochent, des passerelles se tissent entre le poète et ses personnages, jusqu’à ce qu’elles s’entremêlent totalement dans ce qui marquera la fin tragique des héros mais le début d’un élan créatif pour Virgile.
J’ai aimé la beauté simple de l’écriture, riche en images mais sans esbroufe, la tendresse des liens qui unissent les personnages malgré les contrariétés du destin, et la construction du récit en double niveau, qui nous fait tour à tour plonger dans l’Enéide comme si on en faisait partie, puis s’en extraire pour en suivre la genèse.
Avec en prime une traduction de l'espagnol d'une extrême fluidité, sans aspérité, qui ajoute encore au plaisir de lecture.