Un matin à l'aube, le corps d'une jeune femme est découvert sur la route qui passe devant l'auberge. Qui l'a amenée là ? Comment est-elle morte ? Personne ne le sait. Mais il faut un coupable, et il est tout trouvé : Claude Camillieri, « le simple d'esprit ». La Mère, Ariane Camillieri, est bien décidée à protéger sa famille et à faire éclater la vérité…
« Quand les mystères sont très malins, ils se cachent dans la lumière. » C'est avec cette citation de Jean Giono que s'ouvre le roman. Des mystères, il y en a, dans cette histoire : qui est la jeune-fille retrouvée morte devant l'auberge ? Quelle est cette créature gigantesque qu'on aperçoit parfois la nuit ? Pourquoi déposer des cadavres d'animaux sur la route ? L'ambiance est de plus en plus pesante, pourtant le cadre semble enchanteur. Comme dans Colline, de Giono, la nature est un personnage à part entière : « Cavillore, c'est le nom de la montagne, gonfle sa poitrine au passage du rapace, elle montre ses muscles, bien éveillée ce matin d'été (…). (p. 13) L'auteur raconte les sources fraîches, les sentiers, les animaux furtifs, la chaleur, la lumière. Il utilise du vocabulaire local (« calade » p. 25, « vire » p. 32), donne un titre à tous les chapitres ou presque, comme on donne un titre à un tableau.
Mais la montagne a aussi sa part d'ombre. Dans les seuls chapitres qui n'ont pas de titre, et qui se distinguent aussi par une typographie différente, on doute : quelle est cette présence qui rôde sur la montagne ? Homme, bête ou les deux ? Jérémie Claes entretient savamment le flou : « l'homme se penche pour y boire » (p. 27) ; « pour faire choir les brindilles qui parsèment le poil de son crâne, de son dos et de sa poitrine. » (p. 73) On a envie de savoir qui, et pourquoi. Les pages s'avalent vite. Et Jérémie Claes possède un talent certain pour donner corps à ses personnages : « La septuagénaire est flamboyante, elle a la chevelure courte et rouge, la poitrine démesurée est présentée comme à l'étal, et le cul en jarre qui lui procure une assise dont elle ne se défait en aucune circonstance. » (p. 89)
Une très belle lecture.
Je remercie Babelio et les éditions Héloïse d'Ormesson pour l'envoi de ce titre, dans le cadre d'une opération Masse critique.