Déjà, dans Après l'orage, paru en 2014 en France, il y avait une chaleur plombante et des paysages plus grands que nature. 8 ans plus tard, devenue une romancière incontournable pour les amateurs de littérature latino-américaine, l'argentine Selva Almada, toujours traduite par Laura Alcoba, nous offre son récit le plus dense et le plus achevé, en dépit d'une brièveté à la fois sèche et luxuriante (si, c'est possible). Le livre commence avec un trio de pêcheurs, aux prises avec une raie géante qu'ils achèvent à coups de révolver. Le poisson est tiré d'un fleuve qui joue un rôle majeur dans une intrigue qui soudain s'élargit vers ses affluents, à savoir le passé et le présent invisible, avec des fantômes qui viennent rôder sur l'île où se concentre l'action. Si l'expression de réalisme magique est inévitable, une fois de plus, Selva Almada l'intègre parfaitement dans une brassée d'histoires intimement liées à un territoire singulier et propice aux drames, à l'écart du monde, où la toxicité masculine domine, dans un climat rendu étouffant par une romancière qui ne craint ni le lyrisme ni la crudité. Et si les hommes tentent d'imposer leur pouvoir, ce sont bien les figures féminines de Ce n'est pas un fleuve qui donnent au roman ses côtés pondéreux, gracieux et miraculeux (si, si, c'est encore possible), au-delà des notions de vie et de mort, dans un temps qui ne s'écoule pas de manière linéaire.