Bernhard Schlink aura 82 ans en juillet prochain. Un âge où l'idée de la mort et du mystère de l'après devient de plus en plus présente à l'esprit. Martin, le héros de Ce qui reste a six ans de moins, mais il vient d'apprendre que sa disparition était proche et que son voyage allait être douloureux. Le thème est fréquent dans la littérature et le cinéma, exploité notamment dans le film d'Isabel Coixet Ma vie sans moi (2003), à la différence que la mère de famille condamnée n'avait que 26 ans. Le livre de l'auteur allemand ne donne accès qu'aux pensées de celui qui va mourir, pas à celles de sa jeune épouse ni à son enfant qu'il a eu si tard. Martin est juriste et son caractère lui confère droiture et sens des responsabilités, mais il est confronté à l'inéluctable et donc déstabilisé, jusque dans ses certitudes et sa conception de l'existence. Non qu'il remette en question son existence passée, il ne pourra rien y changer, non, c'est le futur qui le meut et ce sont les deux êtres qui comptent le plus au monde auxquels il voudrait enseigner le peu qu'il sait, surtout à son fils, comme un acte de transmission dont il ne sait s'il aura une quelconque utilité. Schlink semble se méfier de l'émotion facile, mais en conséquence le roman en devient un peu froid, s'ajustant au tempérament de son personnage, digne et courageux, avec un fond d'égoïsme, comme s'il craignait de totalement disparaître, après sa mort, de la mémoire de ceux qu'il aime. Pour cette raison, les agissements de Martin sont parfois surprenants, mais qui peut dire quel serait notre propre cheminement en de telles circonstances. Selon son âge et des expériences similaires avec des proches, le sentiment des lecteurs ne sera pas le même devant Ce qui reste. Si ce n'est que le Carpe diem reste plus que jamais la philosophie qui prime, à nous qui ne sommes que des vivants en sursis.