Chamanes électriques à la fête du soleil n'est pas un livre : c'est une expérience ! Sensorielle, mystique, post-apocalyptique, en pleine nature, sous le plus haut volcan équatorien et au milieu de jeunes gens ivres de danse, de chants et de drogues. À l'instar de Sirāt, le film, mais à la puissance mille, les mots à la place des images, le voyage se révèle périlleux et risque de laisser sur le bas-côté, devant un récit polyphonique décrit ainsi en quatrième de couverture : "Sous les pluies de météorites, la musique expérimentale néochamanique et les légendes ancestrales andines s’allient pour réconcilier passé, présent et avenir." De quoi larguer les amarres ou se faire larguer soi-même, dès les premières pages. Pour qui demeure rétif et désorienté par la prose surnaturelle de Mónica Ojeda, écrivaine équatorienne dont le roman précédent, Mâchoires, avait marqué et fasciné, il reste quelques points d'ancrage, heureusement. Les passages qui décrivent le quotidien terrible de Guayaquil, notamment, d'une violence inimaginable avec la guerre des gangs et les narcotrafiquants, ou mieux encore, les pages extraites des carnets d'un père qui a fui femme et enfant pour l'isolement le plus total et qui s'apprête à recevoir la visite de sa fille, après de nombreuses années solitaires. Là, le livre se fait plus abordable, moins ésotérique, et représente une pause bienvenue dans ce magma fantasmagorique presque constamment opaque, en dépit ou à cause du style virtuose de l'autrice.

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le 9 mars 2026

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