Beaucoup d'écrivains de littérature "noire" racontent un jour où l'autre des histoires de séquestration. Comme le Néo-Zélandais Carl Nixon avec Une falaise au bout du monde, par exemple. Quoique par sa maîtrise de l'horreur et son pouvoir de suggestion, c'est plutôt à son compatriote Paul Cleave que l'on pense, en lisant Chère petite de Romy Hausmann. Impossible aussi, en découvrant le début du livre, à ne pas se référer à Canine, le film de Yorgos Lanthimos. Cette histoire de séquestration, quand elle est racontée à hauteur d'enfant, a sans doute des airs de "déjà vu" par son côté faussement naïf mais sa perspective s'élargit peu à peu à d'autres personnages qui achèvent de mettre en place un puzzle savant qui ne sera complété qu'au bout du roman. Romy Hausmann est très habile à installer une tension psychologique intense avec cette alternance de voix dans un récit qui suggère l'atroce et le malsain, réussissant de peu à ne pas tomber dans un sordide qui serait complaisant. Le livre est puissant pour décrire les violences faites aux femmes et la monstruosité de certains hommes qui croient pouvoir les écraser par la torture psychologique et physique. On ne peut s'empêcher de se demander de ce que donnerait Chère petite s'il était rédigé de manière chronologique avec un narrateur unique. La construction arachnéenne du roman est évidemment une forme de manipulation du lecteur en l'amenant dans des zones obscures où le mal devient à la fois source d'attraction et de répulsion. Chère petite est un coup d'éclat glaçant, un peu trop pervers peut-être, mais qui laisse à penser que son autrice n'en restera pas là et a sûrement d'autres histoires épouvantables à nous offrir dans le futur.

Cinephile-doux
7
Écrit par

Cet utilisateur l'a également ajouté à sa liste Mes livres de 2021

Créée

le 5 août 2021

Critique lue 353 fois

Cinephile-doux

Écrit par

Critique lue 353 fois

3

Du même critique

Anatomie d'une chute

Anatomie d'une chute

6

Cinephile-doux

8118 critiques

Procès d'intentions

Depuis quelques années, le cinéma français, et plus particulièrement ses réalisatrices, trustent les lauriers dans les plus grands festivals. Au tour de Justine Triet d'être palmée à Cannes avec...

le 28 mai 2023

France

France

8

Cinephile-doux

8118 critiques

Triste et célèbre

Il est quand même drôle qu'un grand nombre des spectateurs de France ne retient du film que sa satire au vitriol (hum) des journalistes télé élevés au rang de stars et des errements des chaînes...

le 25 août 2021

The Power of the Dog

The Power of the Dog

8

Cinephile-doux

8118 critiques

Du genre masculin

Enfin un nouveau film de Jane Campion, 12 ans après Bright Star ! La puissance et la subtilité de la réalisatrice néo-zélandaise ne se sont manifestement pas affadies avec Le pouvoir du chien, un...

le 25 sept. 2021