Je découvre Julie Wolkenstein avec ce roman offert par mon frère. Je n'avais jamais entendu parler de cette écrivaine mais dès les premiers chapitres j'ai soupçonné qu'elle proposait une réécriture du grand chef-d'œuvre d'un écrivain cher à mon cœur : Henry James. Et en effet, elle est spécialiste de son oeuvre, rien de moins.
Le grand chef-d'œuvre en question est "Portrait de femme", paru en 1881 et qui, à ce jour, fait partie des grands romans classiques qui m'ont le plus marquée, et dont l'adaptation cinématographique impeccable signée Jane Campion a offert à Nicole Kidman - éblouissante et envoûtante - l'un de ses plus grands rôles.
"Portrait de femme" de Henry James est un roman dramatique d'une très grande complexité psychologique alliant roman initiatique et enchevêtrement de manipulations toxiques (joli pléonasme !). Je considère personnellement "Portrait de femme" comme l'hériter direct des "Liaisons dangereuses" de Laclos.
Dans "Chimère", Julie Wolkenstein transpose les intrigues et les personnages de "Portrait de femme" de 1973 à 2024. Je pense sincèrement qu'un lecteur connaissant "Portrait de femme" ne pourra pas avoir le même ressenti de lecture qu'un lecteur ne l'ayant pas lu et qui ne verrait donc aucun parallèle entre les deux œuvres. Dans ce dernier cas, je pense même que le lecteur pourrait s'ennuyer assez fermement.
La structuration narrative de "Chimère" est impeccable. Roman "puzzle" reposant sur les cinq témoignages des principales protagonistes féminines de "Portrait de femme", "Chimère" offre une immersion en France et en Italie aux côtés de personnages majoritairement sombres et torturés, guidés soit par leurs intérêts matériels et pécuniers, soit par un idéal dont la naïveté les expose fatalement à beaucoup souffrir. Dans tous les cas, "Chimère" est une grande peinture de l'Egoïsme, ce défaut commun à tous les individus.
"Chimère" est une belle découverte : une jolie plume associée à une réminiscence bienvenue de l'oeuvre de Henry James, ce très grand auteur américain, à mon avis encore trop méconnu du lectorat français.