Un témoignage précieux, celui d'un Juif rescapé de la rafle du Vel d'Hiv', qui eut une vie très peu banale. Histoire qu'il a racontée en long et en large semble-t-il, dans de multiples livres auxquels il ne cesse de faire référence. Et il est vrai qu'on brûle de savoir comment il réussit aux Etats-Unis.
C'est écrit sans tabou, on parle de la misère de ces années-là, de la merde qu'il faut jeter chaque matin, de la branlette comme étant un des grands plaisirs de l'existence, du chacun pour soi et du dieu pour personne, de l'argenterie qu'on retrouve après la guerre sur la table des voisins qui vous ont dénoncés... Tout cela dans un style oral, pas toujours très littéraire avouons-le, mais très agréable à lire. L'originalité réside dans ces apostrophes que l'auteur s'adresse régulièrement à lui-même. C'est assez drôle, cela relance l'attention. J'ai trouvé aussi les poèmes qu'il composa à l'époque, pour ses soeurs par exemple, assez émouvants. La culpabilité typique des survivants (pourquoi m'avoir sauvé moi ?) n'envahit pas trop le récit, qui reste plein de vigueur.
Et puis le titre est très bien trouvé. Ce Chut !, ici sans le point d'exclamation, allait devenir sa principale source d'inspiration. Pas exclu que j'aie envie de cheminer avec ce Federman. Sans accent sur le "e".