J’ai beaucoup aimé ce roman.
De Circé je ne connaissais que vaguement son passage dans l’Odyssée où elle rencontre Ulysse et transforme son équipage en bêtes. Miller rend ici un bel hommage à une figure bien plus complexe et intéressante que dans mon souvenir.
La première partie du roman n’est pas des plus emballantes au niveau de l’histoire et des personnages. Autant le dire, je me suis un peu ennuyé : ça commence comme tant de romans avec des protagonistes à l’enfance malheureuse, la même recette avec un cadre différent. Mais c’est justement ce cadre qui m’a poussé à continuer : une atmosphère pesante avec ce palais souterrain et ses dieux dont les noms résonnent en nous.
Ce n’est vraiment qu’à partir du mariage de Pasiphaé où le récit m’a vraiment pris. La découverte du monde extérieur, les rencontres puis l’exil, tout cela vécu par une Circé dont on partage les tourments et les espoirs.
La plume de l’auteur m’a beaucoup touché. Les phrases sont simples, le style est fluide avec de belles fulgurances qui font réfléchir. Ce qui reste c’est quelque part cette description des peines et des joies -loin de celles de Circé- mais qui font écho aux nôtres dans notre propre expérience.
Au-delà de Circé, un certain nombre de personnages m’ont vraiment parlé. Loin d’être des caricatures, elle en dresse une version nuancée et attachante : Dédale, Ulysse, Pénélope, Télégonos et puis bien sûr Télémaque dont le traitement m’a agréablement surpris. A l’inverse des Dieux (bien trop caricaturaux à mon goût, à l’exception peut-être de Prométhée), le roman fait part belle aux humains, ces mortels par lesquels Circé est intriguée, puis conquise. Miller nous offre par-là, une belle réflexion sur l’humanité, tout en nuances.
Et puis vient l’épilogue.
Je l’ai terminé la gorge nouée. Le choix de Circé, sa vision de l’avenir, cette tragédie de renoncer à sa divinité par amour et finalement ce qui résonne c’est bien l’objectif de toute sa vie : enfin être libre. Envers et contre tout.