Certains mondes sont de papier, d'autres sont de langage
Comme une bonne partie de la littérature de ce siècle, Cleveland est long, développé, labyrinthique, entortillé. Il faut certes aimer cela. Mais il faut surtout aimer le langage, encore plus que la langue. Certes le style est impeccable et d'une tenue parfaite sur les plusieurs lignes que font chaque phrase. L'intrigue fourmille littéralement de personnages, de lieux, d'idées, de nœuds, de dénouements momentanés, certains instants sont de grâce, d'autres plongent dans les enfers. Cette fausse biographie d'un enfant puis d'un homme de son siècle est aussi le testament vivant et tentaculaire de la littérature pré-révolutionnaire dans ce qu'elle a de plus exubérant sans jamais lassé, de plus osée sans jamais se caricaturer, d'une ironie triomphante sans se complaire dans le cynisme.
On peut lui accorder le temps d'une lecture complète, mais c'est à mon avis, le genre de textes qui supporte le butinage: d'une page à l'autre, ouvert au hasard, lu à l'envers. Chacun sa manière de boire le style flamboyant qui à mon sens est l'apogée de la langue française: construite, ciselée, amusée, inventive.
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