On a placé ce livre sur mon chemin, comme ça, un peu par hasard.
J'aime fouiner dans les bouquineries, d'autant plus quand je connais le bouquiniste et que ce dernier est fort cordial et très intéressant. Un après-midi, il mit entre mes mains ce "Club Dumas" dont je n'avais pas entendu parler et dont je ne connaissais que la médiocre adaptation au cinéma : La Neuvième Porte de Polanski et qui ne m'avait pas véritablement marquée en dépit de la présence du très séduisant Johnny Depp.
Au début j'étais sceptique, de ce scepticisme qui ne se laisse pas facilement déconstruire et qui lance des airs de défi au livre coupable.
Le bouquiniste m'a dit "C'est savoureux, je te le donne, comme ça si cela ne te plait pas, tu ne m'en voudras pas".
Je repartis donc de sa boutique, avec en poche ce Reverte, coincé entre les feuillets licencieux d'une belle édition des Chansons de Bilitis et une autre, non moins impudique, de Aphrodite du même auteur.
Le récit inintéressant et très superficiel des conditions de l’acquisition dudit livre étant passé, je peux avec plus de légèreté m'adonner à ma critique, si tant est qu'un livre pareil soit critiquable. Je dis cela, dans le sens de "puisse être débattu dans son bien ou mal-fondé".
En fait, c'est une oeuvre de bibliophile, en cela elle m'a fait penser à l'atmosphère très "aromatique" (type odeur d'encens d'église) qui entoure "Le Nom de La Rose " du regretté Umberto Eco et l'effet qu'elle m'a fait fut le même : quelle claque!
Pas tant à cause de l'intrigue policière qui m'a parue somme toute très artificielle une fois le livre terminé, mais plus sur l'ambiance, l'enchevêtrement des références littéraires, historiques et ésotériques qui font que le roman nous parle presque comme un grimoire dont il faudrait décoder l'alphabet crypté.
Je n'ai rien à dire du narrateur qui ne m'est pas du tout un personnage sympathique. Je dirai de lui que c'est un bourgeois prétentieux qui aime frissonner avec l'authenticité dans un jeu de rôles géant dont les acteurs principaux sont des amateurs de jet-set.
J'ai ressenti beaucoup plus d'empathie pour Corso, celui qui mène l'enquête et entre les mains duquel sont mis successivement "Le vin d'Anjou" (chapitre inconnu des Trois Mousquetaires) et Les Neuf portes, antiquité auréolée de la fumée des bûchers qui ont brûlé son auteur et son éditeur.
Corso aime être accompagné de sa flasque de gin et désire ardemment les femmes. Ce n'est pas un héros, c'est plutôt un homme ordinaire, pas très beau ni très attirant (ce n'est pas J. Depp) mais qui a un certain charme parce qu'il aime se rebeller contre les événements qui lui arrivent et qu'il n'est la dupe de personne, ni de lui-même.
Tous, hommes ou femmes, sont pervertis dans ce roman et le final éclate dans une débauche à la limite de la psychose névrotique et diabolique. Mais sur cela, je garderai le secret.
Le livre est plein de suspense, malgré quelques longueurs, notamment à la fin où l'on attend avidement la réponse à nos questions qui sont les mêmes que celles de Corso.
Lisez-le. Si vous mordez, il vous accompagnera nuit et jour.., qui sait peut-être vendriez-vous votre âme au Diable?