Coma n’est en réalité qu’une mise en scène du retrait, une manière de se couronner de silence sans jamais y consentir vraiment. Ce n’est pas un texte qui se tait, c’est un texte qui parle du silence.
L’entrée en matière donne le ton :
« Le récit qui suit, je le porte en moi depuis que, sortant… »
Dès les premières lignes, le “je” s’excuse d’exister pour mieux revenir au centre. Le paradoxe est là : une subjectivité qui prétend à l’effacement mais qui ne cesse de s’ériger en sujet souffrant, prophète, survivant, dépositaire d’un langage blessé.
La comparaison est moins absurde qu’elle n’en a l’air : Coma, c’est un peu l’album solo de Bertrand Cantat.
Même volonté de rédemption mise en scène. Même incapacité à se retirer vraiment. Même construction d’un “moi” meurtri dont la souffrance sert de décor à la résurrection publique.
Et, dans le fond, même impunité esthétique : on brandit le désastre intime pour en tirer de la forme, de l’aura, une identité marchande.
Et on peut aussi dire que Guyotat, à ce stade, devient l’équivalent littéraire d’un album solo pompeux d’un musicien jadis punk, qui a troqué la rage contre l’encens.
L’écriture de Coma le trahit à chaque phrase : des noms propres à foison, des références culturelles comme talismans, une langue qui imite la prière mais sent l’atelier d’écriture.
On pense à Palestrina, à Lassus, à Artaud, à l’Exposition coloniale — un carrousel de références savantes comme pour légitimer une chute qui, au fond, n’a jamais quitté les beaux quartiers.
Ce n’est pas un effacement, c’est un exercice de style. Ce n’est pas la nuit de Job, c’est un colloque sur Job. Le texte mime l’épreuve mystique sans jamais l’incarner. On est loin de l’effacement radical, loin de toute dépossession véritable. On est dans le branding de la disparition.
Quand on a lus Simone Weil, Khraznaorkhai, Blanchot, ce genre de truc nous tombe complètement des mains.
En plus c’est très mal écris. On est dans une langue qui mime la profondeur par la syntaxe longue, l’emphase religieuse, les effets d’anaphore, de retour, d’effusion. Mais c’est une langue qui ne travaille plus rien, qui n’expose plus aucun réel, qui n’affronte plus le monde. Elle se replie sur elle-même, dans un narcissisme symbolique d’un esthétisme pseudo-sacré. Le réel (la maladie, Bali, Artaud, le théâtre, les figures) n’est plus affronté, il est absorbé dans une pâte culturelle indistincte.