J’ai un avis mitigé sur Kingdom Hearts III. C’est un jeu qui atteint des sommets en termes de gameplay, de level design et de direction artistique, mais qui, en contrepartie, se noie dans son propre héritage scénaristique et dans un fan-service Disney parfois trop envahissant.Dès le début, on sent la volonté de frapper fort : le jeu s’ouvre directement dans l’action, un clin d'œil évident à God of War III qui ravira les fans de mise en scène explosive. Un excellent choix qui tranche avec la lenteur du prologue de KH2. Jouabilité en main, c’est un pur régal. La fluidité des combats, la diversité des styles de jeu et la sensation de puissance sont sans précédent dans la série. C’est du caviar vidéoludique du début à la fin.Visuellement, c’est une claque absolue. Chaque monde est une démonstration de maîtrise technique et artistique, et la mise en scène de certains niveaux — notamment Final World — est une prouesse de 3D et de design qui mérite d’être saluée. On est enfin sur un Kingdom Hearts qui respire le vrai Square Enix, surtout dans ses derniers chapitres, où l’immersion atteint un niveau qui honore le jeu vidéo et lui redonne ses lettres de noblesse.Mais voilà, il y a aussi tout ce qui fâche. D’un côté, le scénario est devenu une abstraction stratosphérique. Si la complexité a toujours été une marque de fabrique de la saga, ici, on bascule dans un délire presque kafkaesque, où il faut avoir un doctorat en Kingdom Hearts lore pour ne serait-ce que suivre les enjeux. De l’autre, Disney a clairement pesé dans la balance, et pas toujours pour le meilleur. Certaines attaques spéciales ressemblent plus à des attractions de parc qu’à des moves de combat, et l’omniprésence de certains éléments Disney aseptise l’ambiance au point d’éclipser le côté Final Fantasy de la série.Le manque de tension et de noirceur est criant. Là où Chain of Memories installait une atmosphère presque oppressante, KH3 est trop lisse, trop lumineux. Seules quelques exceptions comme la Forteresse Oubliée ou Final World réussissent à instaurer un semblant de gravité et de mystère.Alors oui, si on est fan de la licence, of course, on mange gucci. Mais le jeu, aussi impressionnant soit-il, laisse un goût étrange. Il est à la fois une apothéose technique et un symbole de ce qui arrive quand on veut trop en faire, trop plaire, et trop justifier chaque pièce du puzzle. Kingdom Hearts III est une réussite incontestable… mais une réussite qui aurait pu être encore plus mémorable si elle n’avait pas autant cherché à s’adapter à tout le monde.
Parce qu'au final, c'est là la limite de la franchise. Il faut choisir entre le public Disney et le public Square Enix, à un moment il faut trancher. Et clairement, aujourd'hui, ils ont fait un choix qui penche davantage vers Disney, donc en matière de tension, on en ressort clairement déçu.