Deuxième tome de la trilogie tentaculaire de William Gibson, Comte Zéro nous replonge dans le même univers que Neuromancer, sans véritable continuité directe avec le premier volet. Il ne s’agit pas tant de prolonger l’intrigue précédente que d’explorer d’autres facettes de ce monde cyberpunk déjà posé.
Il faut reconnaître que Gibson fait ici un effort réel sur la narration. Le récit s’organise autour de trois trajectoires distinctes, trois points de vue qui permettent d’élargir l’univers et de donner davantage d’épaisseur aux personnages. Les figures sont plus travaillées, moins abstraites que dans Neuromancer, et les lignes narratives parallèles finissent assez classiquement par se rejoindre.
Présenté ainsi, on pourrait penser que le roman corrige les défauts du premier. Et dans une certaine mesure, c’est le cas. Mais l’amélioration reste limitée. Les nouveaux concepts marquants sont rares. L’univers a déjà été largement digéré dans Neuromancer, et l’on retrouve surtout des variations autour d’idées déjà posées : la matrice, les intelligences artificielles, les multinationales, le mélange entre technologie, mystique et divinités de réseau.
Cette dimension religieuse et presque vaudoue du cyberespace est sans doute l’aspect le plus intéressant du livre. Elle introduit une idée forte, celle d’un monde technologique devenu si complexe qu’il finit par être interprété comme un espace spirituel, peuplé de présences que l’on ne comprend plus vraiment. Mais là encore, le roman semble davantage proposer une intuition qu’en faire une véritable force narrative.
L’histoire, mieux construite que celle du premier tome, reste pourtant frustrante. Elle met du temps à installer ses lignes de force, puis se résout trop rapidement, presque abruptement. Le rythme demeure l’un des grands problèmes de Gibson. Tout paraît à la fois dense et froid, chargé en atmosphère mais faible en tension dramatique.
Au final, Comte Zéro élargit l’univers et donne davantage de chair aux personnages, mais souffre des mêmes limites que Neuromancer. C’est un roman d’idées, d’ambiance et de texture, plus qu’une véritable histoire. Pour les passionnés de cyberpunk, l’intérêt historique et esthétique est évident. Pour ma part, je reste à distance, face à une œuvre importante mais peu habitée.