Très court roman, une centaine de pages, découpé en courts chapitres, comme autant de cris jetés à la figure du lecteur …
Ce n'est pas le roman de Yasmina Khadra que je conseillerais pour découvrir cet auteur que je connais depuis les années 90 et que j'apprécie toujours beaucoup … Ce ne sont plus les enquêtes très enlevées du commissaire Llob ni les chroniques où la politique et la magouille s'imbriquent dans des affaires sordides sur fond d'intégrisme religieux, …
Et pourtant, on n'en est pas si loin. Le narrateur évoque son enfance hantée par son père qu'il découvre pendu dans l'étable de la ferme. Ce sont les villageois qui l'ont exécuté. Crime inutile puisque le père sera réhabilité ultérieurement. On n'aura pas de détails sur le fond de l'affaire mais ça rejoint certainement les exécutions sommaires fréquentes en Algérie, au moment de ce qu'on peut appeler la guerre civile. Pour le narrateur enfant, le problème n'est pas là. C'est le début d'une incompréhension et d'un enfermement psychologique terrible d'autant que sa mère l'ignore et marque sa préférence et sa tendresse pour son frère ainé, qui a tout pour lui : il est beau, il réussit son début de carrière militaire …
C'est alors qu'arrive la cousine K qui va fasciner le narrateur. Elle aussi sera choyée par la mère mais développera un caractère d'enfant gâtée et sournoise. Là encore s'ensuivront des relations conflictuelles avec le narrateur d'autant qu'il y aura du mépris de la part de la cousine qui le rejette. Ce qui n'arrangera pas l'état psychologique de l'adolescent qui va développer ce qu'on peut appeler (improprement, sûrement) un début de folie. On peut considérer aussi qu'il s'agit de la révolte ultime d'un enfant qui n'a plus qu'un mur insurmontable devant lui et aucune solution pour s'en échapper.
C'est donc un livre très dur, glaçant d'autant qu'on aimerait en savoir plus sur les différents personnages, sur les nombreuses ellipses de l'auteur qui restent sans explication. Pourquoi la mère, en particulier, hait et/ou ignore son enfant ? Si rien ne nous est dit par Khadra, c'est parce qu'il nous met dans la situation de l'enfant ou de l'adolescent à qui on ne donne aucune explication et qui en est réduit à se construire qu'avec ce qu'il voit et comprend. Et si d'aventure, le narrateur réclame ou tente une approche auprès de l'un ou l'autre, il ne reçoit au mieux que le silence, au pire une rebuffade.
Le roman ne traduit que ce que voit et perçoit l'enfant.
Petit roman percutant et dérangeant ; mais le style fleuri et très imagé, en tous cas habituel de l'auteur, facilite la lecture de ce petit livre qui se lit d'un trait.